Il nous avait fait l’honneur d’écrire dans nos pages dès la création de Diacritik, nous donnant d’emblée des nouvelles de Belgique et d’ailleurs, de Barthes jusqu’à Proust en passant par Simenon (bien sûr), Angot, Rolin, Toussaint, Bourdieu, Lamarche, Wauters… Nous avions la chance de le connaître, depuis les premiers échanges autour du Bookclub de Mediapart, de le rencontrer, de le croiser à l’occasion de ses visites parisiennes, de l’entendre nous parler de littérature (et de tout le reste). Jacques Dubois nous a quittés le jeudi 12 février 2026.

Mais si je dis ça, est-ce que je casse mon image ? D’ailleurs, on m’a encore dit récemment que j’étais snob. Me dire ça, à moi qui, entre deux rediffusions de La Zizanie, du Distrait ou de La Cage aux folles, ai grandi avec les télé-crochets d’alors, découvrant les chanteuses et les chanteurs populaires dans les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier : France Gall, Sheila, Joe Dassin, Michel Sardou, Carlos, Mike Brant, Il était une fois, Sylvie Vartan, Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Alain Souchon…

Parce que je ne suis pas le dernier pour raconter n’importe quoi, j’ai souvent dit que pour le montant modique de la redevance télévision, mes parents avaient trouvé la baby-sitter la moins chère du marché. Pour mémoire, la redevance était un impôt créé en 1933 (en 1949 pour la télévision) qui rapportait bon an mal an 3,8 milliards d’euros et permettait de financer l’audiovisuel public (France Télévision, Arte, l’INA, TV5 Monde)… Avant d’être supprimé en 2022 par le génie de l’économie locataire du palais de l’Élysée dont le bail arrive bientôt à expiration.

La semaine dernière, alors que je me remettais difficilement des libations obligées de décembre et de l’ingestion successive de plusieurs galettes des Rois au bureau, en famille et en dégustation gratuite chez mon pâtissier habituel, j’ai été interpellé par le nombre d’articles consacrés à l’œil malade du président Macron et à ses lunettes d’aviateur de marque.

Initialement (et non « de base« , comme je l’ai entendu dire dans une émission qui se voulait sérieuse il n’y a pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps), cette chronique devait s’intituler « Putain ! Dix ans ! ». Un titre qui a subi une censure préalable, de crainte de voir la publication automatique sur les réseaux sociaux caviardée pour des raisons d’outrage aux bonnes moeurs ou signalée par des internautes aux yeux délicats qui goûtent les unes de Valeurs Actuelles sans tressaillir mais poussent des cris d’Onfray dès qu’il s’agit de dénoncer (ou de créer) un scandale rien qu’en lisant un chapô ou trois mots dans un tweet sans avoir lu l’intégralité de l’article. Ou du livre, du film ou de la bande dessinée dont il parle.

Ce qu’il y a de bien avec le VU de l’année, c’est qu’on ne change pas des équipes qui gagnent. D’un côté du terrain, Patrick Menais et ses visionneurs au long cours ; de l’autre, l’actualité, les images, les sons, les grands discours et les petites phrases… le monde (je n’irais pas jusqu’à parler d’humanité) en somme. En six parties désormais (pour ne pas risquer la saturation ?), le VU de l’année déroule 2025 sur le mode rétrospectif et sous les auspices de Morpheus demandant à Néo de choisir entre la pilule bleue et la pilule rouge – déterminant de fait la réalité dans laquelle évoluer.

Annoncée depuis des mois par la plateforme avec un sens du teasing bien réglé qui n’a rien à envier aux pratiques des majors quand ils balancent une minute douze de bande-annonce six mois avant la sortie d’un nouveau blockbuster, la nouvelle livraison de la série Knives Out (en Netflix dans le texte) est arrivée le 12 décembre dernier sur nos écrans. La critique est quasi unanime : Wake Up Dead Man est meilleur que les précédents. Mais moins bon que le prochain ?

Premier roman (dans le dernier carré du prix éponyme 2025), thriller psychologique (et pour cause), L’âme de fond de Julia Clavel a paru aux éditions de l’Observatoire le 20 août dernier. Dans une atmosphère de monde d’après, ou d’avant l’apocalypse, c’est selon, des destins se croisent et se rencontrent dans les allées du pouvoir, les rues et la salle d’attente du cabinet d’une psychologue parisiennes à qui ils viennent parler de leurs solitudes respectives, espérant le meilleur, niant parfois les failles enfouies, confiant secrets et blessures, refusant parfois la main tendue, jusqu’à ce qu’un mal plus grand ne vienne tout bouleverser.

Roman de l’après, L’âme de fond creuse la question du mal-être sournois, non diagnostiqué, mal perçu, parfois nié qui peut naître d’une crise ou la manifestation d’un mode de vie plus subi qu’accepté, et qui soudain devient mortel au point que les pouvoirs publics s’emparent enfin de la question de la santé mentale et affrontent la réalité. Entretien avec l’autrice, Julia Clavel.

Suivant près de sept de la vie de sept des vingt-quatre otages du Bataclan, Des Vivants commence au soir de la vague d’attentats à Paris le 13 novembre 2015, quand la vie de 130 personnes s’est arrêtée. Série écrite et réalisée par Jean-Xavier de Lestrade diffusée depuis début novembre et disponible en intégralité sur France.tv, Des Vivants raconte en huit épisodes comment un groupe d’otages va tisser une amitié indéfectible et comment chacun va « se relever (ou pas) » – titre de l’un des épisodes – de cette tragédie personnelle et collective devenue un drame national.

Même si ce n’est pas l’envie qui manque, on ne va pas succomber à la facilité et vous dire que le nouveau Larcenet est de la meilleure cuvée, que c’est un grand cru… Il serait pourtant aisé de se faire plaisir et d’enchaîner les analogies piochées dans le vocabulaire oenologique : « un album qui a du corps, à la fois gouleyant, vif et profond »…

À ceux qui penseraient que Mobland est un documentaire sur la corruption institutionnalisée et le népotisme au sommet d’une démocratie illibérale, le critique tient à rappeler qu’il ne faut pas voir le mal partout malgré tous les signes donnés par l’(in)humanité en ce premier quart de XXIè siècle. Non. Mobland est une fiction qui marche dans les pas des Sopranos, de Gangs of London ou The Gentlemen ; et si elle ne renouvelle pas les codes de la série de mafieux, elle a le mérite de (parfois) moins faire parler la poudre que ses personnages.

On aurait tort de réduire Duster au seul retour de Josh Holloway après Lost, Colony et plus récemment Yellowstone quand bien même la présence à l’écran dans un rôle sur mesure tout en nonchalance naturelle et en distance sarcastique fait beaucoup pour la série signée J.J. Abrams et LaToya Morgan diffusée en France depuis le 15 mai 2025.

Avant d’être un film d’animation, La plus précieuse des marchandises a été un conte, écrit par Jean-Claude Grumberg, paru en 2019 aux éditions du Seuil dans la collection La Librairie du XXIe siècle dirigée par Maurice Olender, disparu en octobre 2022. Diffusé ce mardi 27 mai sur Canal Plus, le dixième film de Michel Hazanavicius est une adaptation forte et lumineuse du texte puissant et nécessaire de Jean-Claude Grumberg. Pour porter le conte à l’écran, le réalisateur a choisi l’animation avec une prise de risque supplémentaire : il a dessiné tous les personnages et osé dévoiler au monde une part jusque-là inconnue de sa palette de talents, voire de lui-même.