Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
l’Algérienne se dit
qu’elle aimerait être heureuse
c’est un peu vague
poursuit-elle
il y a ces pensées
qui arrivent d’on ne sait où
qui tourbillonnent
autour de votre tête
comme une nuée
de moucherons
des images surtout
Alger toute en colline
les ruelles en pente
de la casbah
si étroites
qu’on y saute
d’une terrasse à l’autre
les enfants jouent à se cacher
entre les draps suspendus
elle se rappelle
les cent ans de Mouima
et le repas à La Madrague
ils étaient si nombreux
que sa mère avait oublié
de s’acharner sur elle
les enfants courant sautant
riant
partout
et la mer douce qui refluait
sur les rochers de Tipaza
l’Algérienne aimerait
chasser les pensées moucherons
son travail la sauve
sur son métier à tisser
une embrouille
qu’il s’agit de résoudre
Même une enfance horrible est
un paradis perdu
Pascal Quignard
B
aujourd’hui dans son diary elle note
– ciel bleu entre azur et saphir (bleu soutenu)
tous ces bleus !
– récolté
7 avocats
4 tomates
5 bananes origan
puis se laisse aller à écrire au-delà, car le retour de la saison sèche, le retour de n’importe
quelle saison avec ses mêmes signes (floraison couleurs température) mêmes et pas mêmes mais qui se ressemblent tellement alors que rien ne se ressemble d’une année à l’autre jamais
ces recommencements sont un cadeau qu’elle veut consigner
la blonde s’assied face à la mer
chien couché
derrière elle
sur le seuil de la maison
le chien veille
de l’intérieur à l’extérieur
chien – blonde – océan
ligne paisible
transversale
la blonde fume une
American Spirit
dont elle aime autant
l’Indien du paquet
que le goût
(préfère ne rien savoir
du trafic dont proviennent
les cigarettes
de Samba)
le ciel s’est voilé
l’océan calme
et sombre
avec lignes d’écume blanche
en diagonales
où cet étrange phénomène
de vagues croisées
qui alternent avant de mourir
sur le sable
en un tour de magie
je veux entendre le bruit
des vagues
telle fut la raison simple
de son retour
en Afrique