Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/6)

Jeux de plongeons sur l'Île de Gorée ©Layedoubaye11 (source WikiCommons)

Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

une brise océanique

agite les palmiers

qui poussent sur la dune

tronc arqué sous le vent

 

seize palmiers

palmiers penchés

en ligne d’horizon

 

avant que la nuit ne tombe

d’une minute à l’autre

abrupte

l’Algérienne

se dirige vers la plage

de la Kouanga

 

ramasser le bois flotté

qui alimente

son petit feu

 

sur cette plage

entremêlés

des amas de branches

de bois sans écorce

que l’océan déjette

 

elle les collecte

les caresse parfois

si lisses si blancs

poncés par la houle

 

les trop parfaits

ne sont pas brûlés

Théo les assemble

 

fauteuil

baroque on pourrait dire

l’Algérienne y trône

princesse il dit

 

« Théo trésor »

se dit l’Algérienne

il y a parfois

sur votre chemin

un véritable amour

ma mère ne m’a rien appris

de l’amour

 

l’Algérienne

dans son fauteuil

de bois flotté

respire paisible

 

elle sourit

 

A et B deux point distants de 37 km sur un rivage océanique. La blonde et l’Algérienne pourraient-elles se rencontrer ? Question de personnages.

Qu’est-ce qu’un personnage ? Sommes-nous des personnages ? La blonde et l’Algérienne me mènent.

Un nom me revient : Gorée, l’île sur laquelle se trouvait autrefois une prison —–> Recherche d’un personnage sur l’île de Gorée.

 

B

la pluie frappe dru

sur le toit

le vent décroche

les jalousies

fracas assourdissant

 

les branches des manguiers

cassent

 

la blonde

tout en sachant

que la maison résiste

se terre dans la cuisine

(aucune fenêtre

sur l’extérieur)

elle aimerait le chien

auprès d’elle

l’animal dort au salon

la pluie exhume

des odeurs fortes

de terre

la blonde respire mal

elle se souvient que

dans l’enfance

on la disait asthmatique

 

elle chante

sur vacarme d’eaux

ruisselantes

 

lorsque la pluie

décroît

des cris aigus

ludiques on dirait

lui parviennent

 

longeant les murs

la blonde s’avance

jusqu’à l’arrière

de la maison

puis les voit :

 

trois enfant nus

s’ébrouent

les pieds dans la boue

rouge

cris de joie

sur le chemin

qui mène au potager

 

et son cœur

se calme