Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
une brise océanique
agite les palmiers
qui poussent sur la dune
tronc arqué sous le vent
seize palmiers
palmiers penchés
en ligne d’horizon
avant que la nuit ne tombe
d’une minute à l’autre
abrupte
l’Algérienne
se dirige vers la plage
de la Kouanga
ramasser le bois flotté
qui alimente
son petit feu
sur cette plage
entremêlés
des amas de branches
de bois sans écorce
que l’océan déjette
elle les collecte
les caresse parfois
si lisses si blancs
poncés par la houle
les trop parfaits
ne sont pas brûlés
Théo les assemble
fauteuil
baroque on pourrait dire
l’Algérienne y trône
princesse il dit
« Théo trésor »
se dit l’Algérienne
il y a parfois
sur votre chemin
un véritable amour
ma mère ne m’a rien appris
de l’amour
l’Algérienne
dans son fauteuil
de bois flotté
respire paisible
elle sourit
A et B deux point distants de 37 km sur un rivage océanique. La blonde et l’Algérienne pourraient-elles se rencontrer ? Question de personnages.
Qu’est-ce qu’un personnage ? Sommes-nous des personnages ? La blonde et l’Algérienne me mènent.
Un nom me revient : Gorée, l’île sur laquelle se trouvait autrefois une prison —–> Recherche d’un personnage sur l’île de Gorée.
B
la pluie frappe dru
sur le toit
le vent décroche
les jalousies
fracas assourdissant
les branches des manguiers
cassent
la blonde
tout en sachant
que la maison résiste
se terre dans la cuisine
(aucune fenêtre
sur l’extérieur)
elle aimerait le chien
auprès d’elle
l’animal dort au salon
la pluie exhume
des odeurs fortes
de terre
la blonde respire mal
elle se souvient que
dans l’enfance
on la disait asthmatique
elle chante
sur vacarme d’eaux
ruisselantes
lorsque la pluie
décroît
des cris aigus
ludiques on dirait
lui parviennent
longeant les murs
la blonde s’avance
jusqu’à l’arrière
de la maison
puis les voit :
trois enfant nus
s’ébrouent
les pieds dans la boue
rouge
cris de joie
sur le chemin
qui mène au potager
et son cœur
se calme