Contradictions du « printemps » tunisien : Emna Belhaj Yahia (En pays assoiffé)

Emna Belhaj Yahia, En pays assoiffé © éditions des Femmes

Née à Tunis en 1945 où elle réside toujours, Emna Belhaj Yahia a déjà derrière elle un parcours d’écriture exigeant. Elle est actuellement membre de l’Académie tunisienne Beit al-Hikma et du Parlement des écrivaines francophones. Son premier roman est édité par Noël Blandin en 1991, Chronique frontalière. Elle publie aux éditions Joëlle Losfeld, en 1996, L’Étage invisible ; puis chez Balland, en 2000, Tasharej. C’est à Tunis qu’elle édite son quatrième livre, Jeux de rubans, en 2011. En pays assoiffé est son cinquième roman. Il est sorti en juin conjointement aux éditions des femmes et aux éditions Démeter à Tunis, juste avant l’été. Il avait été précédé d’un essai, Tunisie – Questions à mon pays, en 2014.

Par ailleurs, Emna Belhaj Yahia, philosophe de formation et militante féministe depuis toujours, a publié articles et courts essais. Le lecteur de Diacritik a pu apprécier, le 7 mai 2021, sa lecture de la lettre que Sophie Bessis a adressée à Hannah Arendt, « une causerie entre deux femmes. Elles  » se parlent », avec plus de quatre décennies de distance. Le cadre est celui de la pandémie, avec ses silences propices à la réflexion, et à toutes les grandes interrogations que le virus suscite sur des sujets fondamentaux. Lorsque deux femmes sont face à face, elles ont beaucoup de choses à se dire, pour notre grand bonheur. Elles font des digressions, montent et descendent dans le temps sans se fatiguer, et ce dernier est rempli à ras-bord de choses multiples et parfois contradictoires sur lesquelles elles s’arrêtent. Le temps, dans toutes ses strates, elles l’explorent. » À la lecture de ce qui a tant touché la romancière dans cette lettre, on est comme introduit à son roman récent. En effet deux femmes, d’un âge certain, se retrouvent l’une en face de l’autre pendant la période du confinement propice à des échanges inattendus. Il est toutefois difficile de parler ici d’échange car la plus jeune qui vient lire à la plus âgée aveugle, parle peu d’elle-même : elle écoute et transcrit le parcours de vie de l’autre, Nojoum, dont on comprend vite qu’elle a été traumatisée par un drame qui a changé profondément quelque chose en elle. C’est une scénographie intéressante que ce faux duo de celle qui enregistre et de celle qui raconte.

Sous ce très beau titre, En pays assoiffé – qu’on appliquerait volontiers à chacun des pays du Maghreb – Emna Belhaj Yahia, comme elle l’a fait déjà dans son essai, Questions à mon pays, nous introduit dans le flot de la vie de Nojoum, mais dessine aussi des affluents en évoquant les vies d’autres personnages et, particulièrement, de deux jeunes garçons de milieux défavorisés dont les trajectoires, comme en miroir, font entrevoir le désespoir de la jeunesse pauvre et l’impasse où elle se trouve. Mais ce ne sont pas les seuls à nous toucher tout au long de cette fiction tout en demi-teintes selon un art de la suggestion et du différé qui est la marque de l’écriture de la romancière. Elle n’inscrit le « socio-historique » qu’en arrière-plan révélateur et non envahissant des méandres psychologiques des personnages qui retiennent toute notre attention. Elle  revisite aussi la situation de l’exil, sans pathos plaintif ou culpabilisant.

Ainsi, comme les romans précédents, celui-ci ne déroge pas à la règle de nous convier à un partage de vie, comme murmuré, dans l’intimité d’une demeure et d’une confidence invitant à la réflexion. Dès la citation de Florence Delay en exergue, l’autrice guide le lecteur vers un questionnement : « Les choses du monde doivent se regarder à l’envers pour se voir à l’endroit ». Est-ce un avertissement ? Le récit qu’on va lire ne doit-il pas être pris comme une évidence, la restitution du parcours de Nojoum, mais comme celui de la narratrice ? La liste des personnages donnée ensuite, comme pour une pièce de théâtre, peut surprendre au début d’un roman. Mais elle sera bien utile jusqu’à ce que l’on maîtrise la structure complexe de la fiction.

Dans le prologue, une femme entrée dans la vieillesse – elle rétrécit comme un tissu qu’on fait « boire » avant de le confectionner – nous parle d’une Yasmine de 20 ans : elle se souvient qu’elle et son frère ainsi que leur grand-mère, Nojoum – aujourd’hui âgée de 80 ans – ont vécu « l’Événement » (on ne nous dit pas lequel et il sera toujours désigné ainsi jusqu’à ce qu’on le dévoile au lecteur). Nojoum ayant 5 ans de plus que le « je »-narratrice, on en déduit que celle-ci a 75 ans, l’âge même de la romancière. Nojoum a été « la camarade de classe de sa sœur aînée ». Les familles étaient voisines et fait notable : Nojoum est partie étudier à l’étranger comme la narratrice plus tard : « des bribes de son histoire parvenaient à mes oreilles ». Yasmine vient chez sa grand-mère une fois par mois et passe voir la  narratrice pour mieux connaître l’histoire de sa grand-mère. Le confinement est survenu, à cause de la pandémie, et Yasmine demande à cette voisine de la remplacer pour la lecture car Nojoum est aveugle.

La narratrice pressent que cette rencontre hebdomadaire offrira « des éclairages insoupçonnés sur l’ordre et le désordre d’une vie » car « des éclats de mystère » sortent «  de la bouche de la femme aux yeux éteints ». La narratrice ne s’est pas contentée de ce que Nojoum lui a confié avec réticence, mais elle a aussi interrogé son entourage pour combler les zones d’ombre, les trous de cette vie. Allant au-delà du service rendu à Yasmine, elle veut écrire cette vie « car elle est l’envers de ma propre histoire. Je la remettrai à l’endroit pour avoir un meilleur angle de vue ». On comprendra assez vite que l’Événement est l’attentat au musée du Bardo à Tunis, le 18 mars 2015 ; mais la narratrice ne voulant pas focaliser sur cet attentat-là, elle brouille les pistes de la datation.

Quinze chapitres déroulent chronologiquement la vie de Nojoun de son enfance à aujourd’hui. Ces chapitres sont ponctués cinq fois par un passage en italiques où la narratrice reprend la parole et rappelle le contexte de son écoute. Un troisième personnage est toujours présent, le chat : un chat énigmatique qui lui permet d’interroger la frontière étanche ou poreuse entre animalité et humanité et d’exprimer sa crainte qu’il soit agent de transmission du virus.

Dans la vie de Nojoum, de son mari et de son fils et de son entourage – on est au sein d’une famille aisée qui a à son service du personnel – gravitent des  personnages à la fois repoussoir de la protagoniste et miroir des inégalités dans la société tunisienne. Trois d’entre eux sont décisifs pour la narration. Kamilia est une camarade de classe de Mounir, le fils de Nojoum et elle a subi un fort traumatisme à l’école dont les effets ne se dénoueront qu’en fin de roman. Dans sa famille et dans celle de Nojoum, deux femmes viennent travailler et aider ; dans leur sillage deux jeunes garçons, Sandi et Saghroun dont les trajectoires sont exemplaires d’un devenir chaotique. Sandi qui côtoie Nojoum, est un des terroristes de l’attentat ; Saghroun sombre dans la drogue et se sauve en migrant et retrouve Kamilia pour dépasser le passé traumatisant. Le personnage de Kamilia permet à la romancière de mettre en scène une vie en exil, en Belgique ; celui de Mounir, une vie en France. Avançant avec précaution dans ces récits de vie, la narratrice, grâce à son art du différé, fait découvrir le devenir de ses personnages en sondant leur psychologie.

L’Événement survient au centre du roman, au chapitre 7 : prise dans l’attentat avec ses petits-enfants venus de France et leur grand-père maternel, Nojoum est gravement blessée et croise les yeux d’un des islamistes, Sandi : « En dépit des frissons qui la parcourent, elle soutient son regard, y décèle une flamme plus terrifiante que la grenade qu’il tient. Mais, dans une fraction de seconde, elle croit qu’il a une secousse, comme une imperceptible hésitation, juste avant qu’il ne crie : « Bouge-toi la vieille ou je t’explose. Je t’envoie ça à la gueule si tu préfères ! » Ils franchissent la porte en flèche comme un seul corps doté de huit jambes, et elle entend le fils de Nijma hurler à la cantonnade : « Je ne te dois rien, vieille imbécile ! Tu me dois la vie, si tu vois ! » ».

Si dans Questions à mon pays, Emna Belhaj Yahia tentait de comprendre l’évolution du pays, dans ce roman, elle met en scène ses interrogations à travers ses personnages dont Sandi, Saghroun et Kamilia sont les clefs. L’attentat subi a fait basculer la vie de Nojoum et sa perception de la société. C’est avec l’aide des siens qu’elle se relève très lentement pour poursuivre sa vie. Le portrait de son mari, Taha, est très positif : il sait la soutenir, il sait aussi la secouer pour la faire réagir. Nojoum a poursuivi sa reconstruction en même temps que le pays qui se remet difficilement de la dictature mais qui ne peut la regretter. L’épilogue tire, en quelque sorte, la morale de l’histoire. Il ne faut plus « se demander comment on devient un monstre mais comment on sauve les fragilités essentielles » : la narratrice tire cette leçon de la vie de Nojoum. Dans le domaine des fragilités, Saghroun et Kamilia ont trouvé un chemin de réparation, Sandi s’est englué dans la violence. Nojoum, amputée, à l’image d’un  pays qui n’en a pas fini avec ses démons, a réappris à vivre, sans surmonter l’Événement. La narratrice décide de mettre un terme à ses visites :« Mais je ne crois pas qu’après le départ de Yasmine, je pourrai commencer un nouvel épisode d’échanges et de lectures pour tenir compagnie à sa grand-mère, remonter encore et redescendre l’échelle du temps, me laisser surprendre par d’autres facettes de son histoire. Il n’y a plus de place en moi pour d’autres chapitres, et j’ai bien envie d’oublier le regard du chat ».

Face aux pays du Sud en pleine ébullition comme la Tunisie, ces pays dont on sonde avec rapidité et schématisme les avancées et les retards, la lecture du roman d’Emna Belhaj Yahia est salutaire : d’abord parce que comme dans tout roman, il offre des parcours de vie stimulants ; mais aussi parce qu’il introduit complexité et incertitude dans ce qu’on souhaiterait être équation et solution. Il vient approfondir ses deux ouvrages antérieurs dont nous pouvons rappeler brièvement l’intérêt.

Dans son quatrième roman, Jeux de rubans, des questions semblables à celles que nous venons de mettre en valeur, dans une scénographie différente, ont été posées. Editée en 2011, il ne pouvait faire de janvier 2011 la référence d’actualité de sa fiction. Ce qui ne l’empêchait pas d’interroger les modifications dans sa société, montrant bien qu’une « révolution » ne surgit pas de rien. Ce n’est que dans les dernières pages du roman qu’on entend les bruits de ce qui se passe à Tunis : Zaydûn, le compagnon de Frida, mère de Tofayl, est à Paris alors : « […] entre-temps, un miracle, le ciel brusquement s’éclaircit, le lourd nuage qui bloque l’horizon laisse la place à une éclatante lumière. Soudain, larmes de joie, soulagement, et tout le monde y croit et personne n’arrive à y croire, et la peur qu’on enterre et des fleurs sur des canons qui ne tirent pas, et des soldats qui embrassent des mômes et mille mots qui jaillissent de mille bouches. Où suis-je ? Cette vivacité, cette musique, ce cœur qui bat, ce souffle printanier au beau milieu de l’hiver, tout cela vient-il vraiment de mon pays, là-bas de l’autre côté de la petite mer ? Je le savais silencieux, je le croyais craintif, je n’arrivais à prendre son pouls que derrière les rideaux tirés […] Et voilà qu’il se donne à voir à tous, que sa voix porte très loin, que ses demandes atteignent les cimes ».

Tofayl, venu à Paris voir sa mère malade, veut la réconciliation entre eux, à l’image d’une Tunisie différente et retrouvée : « l’air qu’on respire chez nous vient de changer, maman. Ce que tu détestais a disparu. Les gens parlent, critiquent, dénoncent, réclament, n’ont plus peur. Ils sont devenus libres et tiennent à le rester ».

Ce sont les seuls passages qui font allusion à janvier 2011. Le propos est antérieur et se focalise essentiellement sur le présent et l’avenir des femmes. Frida, une intellectuelle, qui a divorcé et élevé seule son fils, Tofayl, en ayant comme compagnon Zaydûn, est bouleversée par les changements qu’elle perçoit dans la société tunisienne et qui se cristallisent autour du port du hijab de plus en plus fréquent : cela commence par Ismahène, jeune fille de la campagne, engagée pour s’occuper de sa mère et qui va revêtir le voile ; cela continue par l’observation de la queue pour acheter fruits et légumes où elles ne sont que deux à être sans foulard. Elle remarque que port du hijab ne rime pas nécessairement avec effacement et soumission ; mais tout de même, cet envahissement d’une tenue qu’elle perçoit comme une régression pour les femmes la met mal à l’aise. Le malaise atteint son point culminant et devient insécurité existentielle quand elle rencontre, par hasard, son propre fils donnant le bras à une jeune fille voilée ! Son monde s’écroule en même temps que se creuse sa mésentente avec lui. Au centre du roman, une discussion vive oppose mère et fils, un fils qui ne veut pas voir dans le port de ce vêtement autre chose qu’un choix libre et une mère, qui a été de toutes les luttes féministes, qui y voit un danger qui guette toute la société : « […] il y a désormais les femmes « foulardées » et les autres.
– Et alors ? Ça fait de la diversité. Pour quelqu’un qui prône la tolérance, je ne vois pas où est le problème.
– Le problème, c’est que chaque femme porte ainsi sur sa peau comme une étiquette, une marque de fabrique. N’importe qui peut dès lors s’adresser à elle sur cette base. Cela s’appelle la religion de l’extérieur. Il n’y a rien de bon à en attendre, sinon de la contrainte, de l’hypocrisie et des jeux de masques à n’en plus finir. […]
– Tofayl, écoute-moi. Qui les empêchera de stigmatiser celles qui refusent ce code vestimentaire ? Quels noms d’oiseaux leur donneront-ils ? Quelles pressions exerceront-ils sur elles ? Tu trouves ça juste ? »

Frida monologue pendant un certain temps, rappelant ses luttes militantes et l’exemple de sa propre mère qui s’est dévoilée. Mais elle constate qu’elle et Tufayl – l’ancienne et la nouvelle génération ? – ne sont plus sur la même longueur d’onde et elle assène à ce fils qui refuse de décoder, dans le même sens qu’elle, le port du hijab de son amie Chokrane : « Le vêtement qu’elle porte est éloquent. Ce n’est tout de même pas un look qu’elle a inventé ! C’est même une pièce dans un puzzle où les hommes, les femmes, et tout ce qui s’ensuit ont chacun sa place ».

La rupture entre la mère et le fils est consommée même si, dans la suite du texte, le lecteur assiste aux tentatives de Tufayl pour sonder les vraies raisons de cet habillement chez Chokrane dont les deux principaux arguments sont son libre-arbitre et le moyen qu’il lui donne d’échapper aux regards concupiscents des hommes et, en conséquence, de pouvoir se déplacer librement. A la fin du roman, gravement malade et en soins dans un hôpital parisien, Frida voit défiler tous les êtres de sa vie. Elle projette le rêve d’une succession de générations comme un « grand balancier qui rythme la marche de notre temps ». Ces générations « se suivent dans un ordre régulier : une rangée où les femmes ont des foulards sur leurs cheveux, suivie d’une autre où elles ont les cheveux au vent, et ainsi de suite à l’infini, dans une alternance presque parfaite, vagues régulières, enlacées, exposant leurs différences comme si chaque rangée était une réplique à l’autre ». Apaisement, acceptation de l’alternance ? Non puisqu’elle ajoute : « C’est quoi, ce mystérieux manège ? Et pourquoi ce fétichisme d’un tissu sur la tête qu’on enlève, remet, retire de nouveau pour le remettre encore une fois, quelque temps après, et puis s’en défaire, et recommencer l’opération par la suite, tout au long des siècles ? »

Frida, dans son rêve semi-éveillé, compare ce long cortège « au long ruban sur lequel sont inscrits tous les métiers […] Un jour pair, un jour impair. Pas plus compliqué que ça ? Non, d’ailleurs, dans le rêve, les choses sont simples, des rubans qu’on déroule, écrits du côté qu’on ne voit pas. Ma vie est un rêve et le rêve est toujours inachevé. Déroule ton long ruban, encore et encore ».

En pays assoiffé invite à aller lire ou relire aussi l’essai au titre direct, Tunisie – Questions à mon pays, édité aux éditions de l’aube en 2014. La romancière y traite différentes questions qui dépassent les événements immédiats de 2011-2013 tout en les éclairant. Elle s’appuie sur une anecdote de sa propre vie pour élargir sa réflexion à l’échelle du pays. Ainsi, par touches successives, elle livre le parcours de sa génération, celle de Nojoum mais aussi de la narratrice-lectrice du roman récent. La différence d’une génération à l’autre la trouble et l’interpelle et, comme dans En pays assoiffé, elle s’attarde d’abord sur l’âge. Le second chapitre prépare ce qu’elle confie dans le roman, l’attrait qu’a représenté Nojoum, partie faire ses études à Paris. Les contradictions et les négociations entre cette Tunisie-là et celle d’aujourd’hui expliquent-elles ce que l’on ne comprend plus ? Elle poursuit en ce sens : l’indépendance a-t-elle été aussi libératrice pour les femmes qu’on l’a affirmé et qu’une certaine classe sociale a vécu ? Elle rappelle alors son parcours de militante. C’est à partir de tout ce vécu que se greffent des analyses, toujours accessibles, obligeant à réfléchir en dehors de « l’urgence » ou, plus exactement, transformant le sens que l’on donne à ce mot, en une page qui apparaît comme illustrative de sa démarche d’ensemble : « […] Tu découvres à présent que l’urgence est une idée neuve, dans ton pays. D’où vient-elle ? Tu cherches. Peut-être de l’articulation qui relie sentiment d’être concerné et sentiment d’une très forte accélération du temps. A lui seul, aucun des deux n’est opérant. Ils peuvent même figurer séparément, tantôt l’un tantôt l’autre, dans des contextes sur lesquels ils n’ont aucun impact. Leur effet reste dans ce cas purement rhétorique. C’est seulement la combinaison des deux qui devient agissante. À cette combinaison, qui te paraît féconde, tu viens de donner un nom : urgence. Urgence de quoi ? Réponse immédiate : de comprendre. Comprendre pour parler, pour agir, sans doute ? Non, comprendre, point à la ligne. Beaucoup de choses en découleront, certes, de façon naturelle : parler, agir, mais aussi imaginer, travailler, échanger, créer, aimer, mieux vivre et mieux mourir. En un mot comme en mille, désir de comprendre. » Questions à mon pays était un texte très concerté, très construit, refusant l’immédiateté de l’actualité comme fil directeur à suivre, sans la contourner pourtant mais jouant le jeu de séquences autobiographiques pour entrer résolument dans les contradictions du « printemps » tunisien, embrassé sur le long terme.

Emna Belhaj Yahia, En pays assoiffé, éditions des femmes Antoinette Fouque, juin 2021, 250 pages, 18 € et Tunis, éd. Démeter, 2021.