« Des éclats d’amour, Patti, disait-il, des éclats d’amour » : cette phrase, Sandy Pearlman la prononce pour définir la Médée que Patti Smith et lui auront en vain rêver de composer. Patti se trouve trop âgée pour le rôle, ce que conteste Sandy, la pensant « plus que capable de négocier le regard noir de son miroir brisé ». La phrase excède ce seul contexte au point de revenir à la fin de L’Année du singe, quelques pages « en guise d’épilogue » puisqu’il est impossible d’apposer le mot fin sur un livre qui n’est qu’une longue dérive : « la glace avait glissé entre mes doigts et lorsqu’elle avait heurté le sol, j’avais entendu la voix de Sandy qui disait des éclats d’amour, Patti, des éclats d’amour ».

L’année du singe est l’année du chaos : une forme de désordre envahit le monde – à moins que ce désordre ne soit l’état réel du monde ainsi révélé. Le désordre n’est pas ici la simple absence d’ordre, son opposé, il correspond à un effacement des limites habituelles qui servent à penser et à instaurer un certain ordre que l’on appelle d’ordinaire « réalité ». Le chaos qui traverse le livre de Patti Smith n’est-il pas une réalité plus profonde ? Les nouveaux rapports qui apparaissent entre les vivants et les morts, entre le rêve et la réalité, entre la pensée et le monde, ne sont-ils pas, plutôt qu’une négation de l’ordre du monde, la révélation de son chaos essentiel ?