Étienne Bimbenet : Quelques récits de la fin. Une lecture philosophique

Détail couverture L'Invention du réalisme d'Étienne Bimbenet

L’âge est aux apocalypses. Il semble que le XXIe siècle dessoûle du culte du progrès qui enivra l’âge moderne et que la cuite soit sévère : au lieu d’aller vers son mieux, le monde va vers sa fin. Tous les marqueurs seraient au pire. Un exitus infelix se préparerait dans tous les domaines : fin nucléaire, fin climatique, avenir « posthumaniste » en tant qu’existence spectrale et posthume de l’humain, extinction éthique de l’humanité, fin du grand partage moderne entre les hommes et les bêtes, etc. Dans « Quelques récits de la fin : une lecture philosophique », Étienne Bimbenet montre, d’un côté, que la philosophie permet de penser ensemble ces différents « récits de fin » que notre époque produit comme autant de mauvais rêves et, de l’autre, que le devoir de penser ensemble ces différents récits permet de redéfinir la fonction et l’usage actuels de la philosophie.

Au sortir de la métaphysique, la philosophie moderne avait eu pour premier dessein de penser la finitude et, pour la rendre respirable à l’homme sevré d’infini, de l’ouvrir à l’horizon historique du progrès. La logique apocalyptique des récits actuels de la fin retourne et critique la logique progressiste des pensées modernes de la finitude qui concevaient l’histoire sous la forme d’un perpétuel dépassement dialectique, perfectionnement sine fine dans les différents domaines du savoir, de la technique, de l’éthique, de la politique.

Ce souci de la fin ou ce souci de penser la fin, Étienne Bimenet montre à la fois qu’il est un des objets de la philosophie contemporaine et qu’il oblige celle-ci à renouer avec sa puissance rhétorique : le thaumazein comme passion philosophique fondamentale doit être repensé dans toute la force étymologique de la notion d’étonnement : il faut que la philosophie concentre tous les tonnerres qui déchirent le ciel contemporain et en estonne ou « foudroie » les consciences modernes ; il faut que ce foudroiement — l’image climatique n’a rien d’accidentel — réveille l’homme au « mal qui vient », afin qu’il se reconnaisse responsable de ce mal et responsable de l’issue dont il menace l’humanité et l’avenir de la terre.

 

Cette vidéo-conférence d’Étienne Bimbenet a été produite dans le cadre du partenariat Diacritik/Master Ecopoétique et Création à distance d’Aix-Marseille Université.

 

Étienne Bimbenet est philosophe et enseigne à l’Université Michel de Montaigne (Bordeaux). Spécialiste de Merleau-Ponty, il s’intéresse principalement au problème de la différence anthropologique et du rapport entre l’animalité et l’humanité. Il a notamment publié Le Complexe des trois singes. Essai sur l’animalité humaine, (Seuil, 2017), L’Invention du réalisme (Cerf, 2015), L’Animal que je ne suis plus, (Folio Essais, 2011).