La recherche littéraire est un patient travail d’archéologue des mots. Elle commence dans les bibliothèques, où le chercheur traque les éditions originales, compulse les revues jaunies, dépouille les archives. C’est un jeu de piste à travers les siècles : relever des citations, confronter des versions, consigner des variantes. On recopie des passages, on photographie — quand cela est autorisé — des pages, on noircit des carnets de références croisées.

Dans le film qu’il réalise à la fin de sa vie, La Pudeur ou l’Impudeur (1991), Hervé Guibert se met en scène préparant son dernier voyage en Italie. Il remplit sa valise dans son appartement de la rue Raymond Losserand, alors qu’en fond sonore, les premières notes et paroles de la chanson de Christophe, L’Italie, se font entendre : « J’suis fatigué de faire semblant d’avoir une histoire / Le ciné ça marche pas toujours / Aujourd’hui j’ai fini / D’inventer ma vie /J’imagine l’Italie ». Puis, dans la deuxième partie du film, on le découvre alors sur l’île d’Elbe, profitant du soleil et de la mer, dans des moments suspendus au-dessus de la mort qui le guette et qui le cueille quelques mois plus tard, en décembre 1991.

Il y a tout juste un an, Robin Josserand signait le beau et prometteur Prélude à son absence (Mercure de France, 2023), roman de l’impossible amour entre le narrateur et Sven, jeune homme perdu, vivant dans la rue, avec qui il entreprenait pourtant un voyage au fin fond de la Bretagne pour éprouver les affres d’un désir qui se sait voué à n’être jamais assouvi. Un roman qui pouvait se lire comme « le discours d’un fragment amoureux », qui cartographiait l’attente, l’espoir, la souffrance, le côté sombre et crasse de ce qui nous meut, aussi, quand le corps de l’autre attire. Un roman où circulaient Genet et Guibert, comme les ombres ou les fantômes d’un passé littéraire.

Une famille est à l’image d’une des scènes données à voir dès les premières minutes : Christine Angot réalisatrice s’introduit de force dans la maison de la dernière femme de son père. Depuis la mort de son mari, elle n’a jamais répondu aux appels de Christine Angot, n’a jamais essayé de comprendre, n’a jamais voulu savoir. Car l’inceste, c’est un peu cela, dans notre société. On a préféré, jusqu’à quelques années encore, ne pas en parler, ne pas entendre, ne pas écouter.

Une e** position s’est terminée ce dimanche 26 janvier, sur la proposition No Pasa Nada de Philippe Dollo. Depuis le 2 décembre 2019, vous avez pu également découvrir les travaux de Delphine et Élodie Chevalme, d’Erick Flogny, de Joël-Alain Dervaux, de Camille Carbonaro et d’Elsa Guénot. Avant de revenir sur cette deuxième édition, supervisée par Pauline Sauveur *, et de vous proposer de revoir l’ensemble de l’exposition sur la page dédiée * Public Averti, souhaitait profiter de cette dernière semaine de janvier pour vous adresser ses vœux pour la nouvelle année.

En 1988, Hans Georg Berger publiait L’Image de soi, ou l’injonction de son beau moment ? aux éditions William Blake and Co. Ce beau livre, préfacé par Hervé Guibert, relatait par l’image l’amitié qui liait les deux hommes depuis 1978, date à laquelle le jeune Guibert, journaliste au Monde et auteur de La Mort propagande (Éditions Régine Deforges, 1977), avait été envoyé en Allemagne pour interroger Hans Georg Berger, alors directeur du festival international de théâtre de Munich.