Must be talking to an angel

Opération réussie au-delà de toute espérance, même les fils sur la plaie se résorbent d’eux-mêmes, et dire que ce sont les bras articulés d’un robot dirigés par une neurochirurgienne à distance qui ont ouvert les chairs, fait ce qu’ils avaient à faire pendant 5 heures…
on m’avait promis une stabilisation de la paralysie des quatre membres qui était en cours, ils parlent désormais de récupération peut-être complète, formidable médecine moderne, formidable plasticité du corps !
J’en reviens, je n’en reviens pas.
Je me sens reconnaissant, tellement. Reconnaissant, je suis re-co-naissant. Et je marche, je remarche, et le monde s’ouvre.
Il y a quelques mois, elle n’a plus sa voix d’avant, elle peine un peu mais elle en rit, Annie L., sublime forcément sublime :
Et en 85, j’avais 9 ans, c’était juicy et fruité, Eurythmics j’adorais, en 85 no one on earth could feel like this, en 85 c’est le temps présent et I’m thrown and overblown with bliss, There must be an angel, playing with my heart. En 85 c’était magnifique, Annie L. en 2018 l’est toujours, avec et sans voix.
Sur le mur du « livre des visages » de mon ami François Cassingena-Trévedy, qui est moine bénédictin à l’Abbaye de Ligugé, un message de remerciement pour les vœux d’anniversaire qu’il vient de recevoir :
« Merci de tout cœur à tous ceux qui m’ont accompagné de leur message amical pour mon entrée dans la soixantaine! Ce matin, aux Laudes, le Psaume 89: « Apprends-nous à bien compter nos jours pour que dans notre cœur pénètre la sagesse… » L’introït de l’ancienne messe de la Sexagésime (60 jours avant Pâques) peut être aussi un beau sujet de méditation : « Exsurge Domine… Lève-toi, Seigneur… Pourquoi détournes-tu de nous ta Face? »

Et je vous livre aussi ces vers splendides du poète Properce, contemporain de Virgile, sur la merveilleuse fragilité de notre vie :

At ueluti folia arentis liquere corollas,
Quae passim calathis strata natare uides,
Sic nobis qui nunc magnum speramus amantes,
Forsitan includet crastina fata dies.

« Quand les couronnes de fleurs sont fanées, les pétales se détachent et tombent, et nous les voyons flotter à la surface des bassins… Ainsi de nous qui aimons et qui espérons grand : peut-être que demain clora notre destin. »
Et ces détails de La jeune orpheline au cimetière de Delacroix, j’y vois (on ne se refait pas, même avec une nouvelle moitié de vertèbre cervicale en titane) un jeune garçon hautement désirable, devenirs non-binaires, révolution en marche, qu’elle arrive, qu’elle vienne, Terre promise !
Ce garçon, cette « jeune orpheline », c’est aussi Benoit Berthe Siward que je viens de rencontrer, dans le sillage d’horreur et dégoût de ce documentaire sur les Homothérapies, thérapies de conversion menées en ce moment même en France par certaines organisations religieuses. Il pleure le Jésus de Pasolini ou de Béatrice Dalle, qui est aussi le mien, ce Jésus, en Christ avec nous, que j’espère partager avec le Père François, avec tous ceux qui ne croient pas, ou vivent comme moi tant bien que mal dans foi fluctuante, vacillante.
Mais le monde s’ouvre, je disais, je dis, oui, je le vois, ne le voyez-vous pas ? Je suis très calme, presque posé, aucune crise mystique genre shoot de kétamine morphine cortisone post-opératoire ! « Non, c’est pas, ça », comme dit Nina dans la Mouette. C’est pas ça !
Le monde s’ouvre. Et il se referme de partout. Nous sommes passés de l’Ère du soupçon à l’époque Paradoxe, fasten our seatbelts and Save our Souls !
Le monde est atroce, et il (se) fait peur, chaque mois possède sa fin des temps, on se tape une Apocalypse Now par mois désormais, les plus riches se créent des bunker high-tech en Nouvelle Zélande ou sur la Lune, les autres, nous autres nous nous créons des bunker mentaux, ça s’enferme de partout, radicalisations, frontières, ça pue, ça craint, tout est possible depuis le Nouvel Ubu Trump Roi, de toute façon lui-même n’était pas possible, il n’est pas possible, alors sa présence nous dit cela : désormais ce qui n’est pas possible, l’est ! Regardez la marionnette comme elle s’agite avec son rire gras et discordant, et ça fait des pokes et des taps à Dieu, my God !
Mais voilà, il a beau se fermer, il s’ouvre aussi, le monde, et de ouf ! #MeToo, les femmes, Adèle Haenel, la femme en nous tous, ma mère douloureuse, la votre, à chacun sa reum, la femme en moi, Duras, Annie Ernaux hier à France Inter, la jeune fille de 58 qui m’a foutu une claque, un coup de pied au cul, régénération salvatrice, ok je prends ! Et les fleurs, il y a aussi des fleurs, et Johan Faerber qui chantonnait hier : Elle est belle, Isabelle. Oui, elle est jolie, Adjani.
Mais juste après les fleurs il y a aussi les coups de sang lumineux d’Aurélien Barrau, dont celui-ci :
Et puis, l’absente de tout bouquet, la fleur Preciado, qui s’adresse ici aux psys mais j’y vois un manifeste, Manifesto Preciado, go go go !
Et puis…Ven conmigo, let’s take a trip
Si te llevo pa’ un lugar lejano
Ven conmigo, I’ll be so good for you
Te enamoro, te enamoro, mami (Ay-ay-ay)
Ven conmigo, let’s take a trip
Dame de eso que tú estás tomando
Ven conmigo, I’ll be so good for you
(Ay-ay-ay)
One, two, cha-cha-cha
One, two, cha-cha-cha
One, two, cha-cha-cha
One, two, slow down, papi (Woo)
One, two, cha-cha-cha
One, two, cha-cha-cha
One, two, cha-cha-cha
One, two, ay-ay-ay