Il y a la nuit

Il y a les peuples…

Il y a les peuples. Il y a la peur qui est toujours très forte. Il y a des snipers sur les toits de la ville et qui tuent. Il y a tes yeux bleus. Il y a ta tête qui maintenant est morte. Il y a tous ces corps assis devant leurs maisons détruites. Il y a le lieu des morts. L’image est le lieu des morts. Il y a l’océan où sont les morts. Il y a ce que l’on ne sait pas nommer. Il y a le feu. L’exil, des exodes par milliers. Il y a des déportations par milliers. Je t’aime. Est-ce que je t’aime ? Il y a ta voix que j’aime. Il y a ta voix et une image entièrement noire. Parfois l’image est blanche et ta voix devient plus lente. Parfois je regarde et je ne vois rien. Parfois je ne regarde rien et je vois. Il y a des ombres. Il y a des tombes et une image sombre de ces milliers de tombes. Il y a le sang. Et vos noms sont effacés. Vos noms sont enfouis sous la terre. Vos noms sont dispersés dans l’air. Vos cris résonnent dans les forêts. Il y a vos yeux fermés et l’image est vos yeux fermés. Il y a le silence et mes yeux fermés. Et ma bouche en silence. Si l’on regarde l’image on entend le silence. Il y a ce qui n’a pas de nom. Il y a l’exil, l’absence. Il y a ma respiration. Il y a des questions sans aucune réponse. Il y a ma mort à venir. Il y a ta mort. Il y a vivre et il y a mourir. Il y a les amants. Il y a les forêts. La guerre, la cendre. Le rêve et le silence. Il y a les orages et les forêts. Il y a ton nom. Les mers, les océans. Il y a le ciel. Je parle aux morts. J’ai la mémoire des morts. Je t’aime. Est-ce que je t’aime ? Il y a l’oubli. Et les forêts et le silence des forêts. Les animaux dans les forêts se taisent. Tous les animaux dans les forêts se sont tus. Il y a la violence. Il y a ton nom. Il y a ceux qui ont cessé de vivre. Il y a les ombres. Peut-être que je ne sais pas. Partout ce sont des flammes, des éclairs, de l’acier. C’est le silence et c’est la lumière. C’est le feu et c’est l’orage. C’est la pensée de tous les morts de l’histoire. Et leur silence. C’est la pâleur de leur visage. Et leur errance. Il y a ton corps. Il y a tes mains. Il y a ton ombre. Il y a les amants. Les nuages. Il y a l’image et le silence. Il y a l’image. Il y a la nuit.