Liberté pour Gaspard Glanz

(DR)

Depuis des mois, chaque samedi, la police frappe, gaze, éborgne, arrache des mains. Si en France la police n’est pas un pouvoir indépendant du reste de l’État et de ceux qui le dirigent, elle est aujourd’hui l’arme la plus violente du pouvoir violent que celui-ci exerce sous le mandat d’Emmanuel Macron.

La présidence de Macron use de la violence de l’Etat comme d’un moyen politique sans aucun souci de la légitimité de cette violence. Celle-ci est un moyen à disposition et dont l’État se sert, c’est tout. Tout le monde a maintenant compris que la politique d’Emmanuel Macron est une politique de classe, brutalement cynique, sans préoccupation de l’intérêt général. Politique, donc, en elle-même violente et maitrisant la contestation légitime de cette politique par la violence policière. La violence politique d’Emmanuel Macron nécessite la policiarisation du politique à laquelle nous assistons depuis des mois et par laquelle les conflits politiques sont supposés, pour l’État, se régler par la violence policière.

Le président de la République s’est une fois de plus donné en spectacle en organisant à son profit une mascarade de débat national – débat dont l’envers est la violence policière. Cette apparence de débat s’accompagne depuis des mois de coups de matraques, d’abus de pouvoir de la part des forces de l’ordre, d’arrestations massives, de fichages. Emmanuel Macron prétend vouloir débattre mais uniquement dans des conditions très inoffensives pour lui, sans contestation, sans critique, sans points de vue divergents : un débat qui est en réalité le monologue d’un pouvoir autoritaire, ne représentant que lui-même, et donc illégitime.

Dans ce cadre, il est logique que le pouvoir de l’État s’en prenne aux journalistes. Depuis des mois, lors des manifestations des « Gilets jaunes », il est clair qu’une des consignes données aux policiers est d’empêcher le plus possible la captation et la diffusion d’images rendant manifeste l’arbitraire des violences policières : les smartphones, caméras et appareils photographiques des particuliers sont volontiers détruits. N’est-ce pas à cause d’images prises lors de violences policières commises sur la voie publique que « l’affaire Benalla » avait commencé, en dévoilant la façon dont Macron envisage et pratique la politique ? Alors que les journalistes, lors des manifestations, sont signalés en tant que tels, ils sont pourtant également depuis des mois les cibles de cette même violence policière arbitraire. Alors que Macron mime un « Grand débat », sa police s’en prend à celles et ceux dont le métier est, entre autres, de produire des points de vue pluriels et divergents. Lorsque, semaine après semaine, les journalistes sont visés, gazés, matraqués, que leurs caméras et appareils photographiques sont cassés, qu’ils sont empêchés de filmer, ne peut-on y voir la volonté claire de supprimer non seulement toute information qui ne serait pas d’État mais aussi la possibilité de produire des points de vue divergents et critiques ? La police, dans ce cas, n’est qu’une milice privée au service d’un pouvoir privé voulant s’imposer à tous par la force.

C’est dans ce cadre que le journaliste Gaspard Glanz a été arrêté ce samedi et placé en garde à vue. Alors qu’il était clairement signalé en tant que journaliste durant la manifestation qu’il couvrait, il a pourtant été visé par un tir de grenade lacrymogène. Protestant auprès de la police, il a été bousculé et, suite à un doigt d’honneur de sa part, arrêté. Sa garde à vue dure depuis 48 heures, le motif de celle-ci étant : « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations » et « outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Un journaliste couvrant une manifestation est donc aujourd’hui en France un individu participant à un groupement en vue de commettre des violences et dégradations.

La liberté d’informer comme celle de nourrir la pensée critique deviennent ainsi des menaces pour l’État. De fait, il s’agit bien d’empêcher l’information puisque Gaspard Glanz s’est vu notifier aujourd’hui une interdiction de se rendre à Paris chaque samedi ainsi que le 1er mai… Ce n’est certainement pas un hasard si Gaspard Glanz est aujourd’hui pris pour cible par la police, soumis à une institution judiciaire devenant elle-même policière : sa couverture des conflits sociaux, son travail à Calais (travail pour lequel il a été fiché S…), son rôle dans le développement de l’affaire Benalla n’y sont certainement pas pour rien, et le fait qu’il ne soit pas affilié à un grand groupe de presse le fragilise et en fait une proie plus facile.

L’arrestation de Gaspard Glanz est une attaque directe contre le droit d’informer et d’être informé. Elle est une attaque directe contre la liberté de l’information et de la pensée. Elle est le signe manifeste d’une policiarisation du politique, de la justice, de l’État. Elle est le signe le plus récent que la violence de l’Etat est devenue le moyen privilégié de sa politique. Elle est le signe que le citoyen est aujourd’hui en France, potentiellement, un criminel, que son statut est d’abord judiciaire avant d’être politique. Cette arrestation est également un moyen d’effrayer, de produire une violence psychologique, un chantage ou une menace non seulement pour les autres journalistes mais aussi pour tout citoyen vivant désormais sous le pouvoir d’un État qui criminalise la contestation et la critique sociales.

L’arrestation de Gaspard Glanz intervient après des mois de violence policière délibérée contre les journalistes, c’est-à-dire contre les citoyens. Le fait qu’il s’agisse ici d’un journaliste pourrait cependant permettre une riposte à cette violence. Le corps des journalistes est un corps organisé, possédant un pouvoir nécessaire à l’État et à sa politique. Le Syndicat National des Journalistes a dans l’immédiat le pouvoir de bloquer par la grève la communication du gouvernement, comme les syndicats de magistrats ont le pouvoir de bloquer, au moins par la grève, leur asservissement à une logique policière. Ou bien, une fois de plus, la violence d’État ne se heurtera-t-elle qu’à une protestation symbolique, inefficace, éphémère ?

Une pétition appelant à la libération immédiate de Gaspard Glanz peut être signée ici