Flâner à travers La Belle Époque : archives, devantures et photos de rue (Arte)

© Werner Bokelberg

Ne ratez pas la pépite documentaire diffusée dimanche à 19h15 sur Arte (et en replay jusqu’au 28 juin 2019). Le film de Bernd Boehm raconte La Belle Époque, à Paris, à travers des archives exhumées par le photographe allemand Werner Bokelberg, des centaines de clichés des rues et devantures parisiennes, marchands ambulants et autres petits métiers qui tissent le fil de 26 minutes passionnantes (et bien trop courtes).

© Werner Bokelberg
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La Belle Epoque est une sorte de parenthèse enchantée, de la fin du XIXe siècle à la veille de la première guerre mondiale, une expression lexicalisée dont l’historien Dominique Kalifa a récemment conté La véritable histoire (Fayard, 2017) :

« Nous savons tous quelque chose de la « Belle Époque », écrivait-il en ouverture de son livre. Si le tableau auquel elle renvoie est parfois impressionniste, l’expression est familière et convoque des images qui ne nous sont pas inconnues. Aux souvenirs d’école se mêlent les évocations qui traversent tant de romans, de films, de chansons. On la cite également dans les livres d’art et dans les catalogues d’exposition. Et puis il y a les photographies, en médaillon, en portrait ou en pied, les cartes postales, les vieux papiers, les publicités, certains objets et mille autres petites choses venues d’un passé qui n’est pas si lointain ». Et c’est bien à travers ces traces et archives, réelles ou déjà fictionnalisées, que se forme « le portrait de ce temps tel qu’il émerge de nos représentations les plus immédiates. »

« Le temps retrouvé ? », titre choisi par Dominique Kalifa pour cette entrée en matière(s) vaudrait pour ce documentaire retrouvant en effet La Belle Époque, sans nostalgie mais dans la figuration, et mieux, l’incarnation de son quotidien, ses rythmes et habitudes, à travers des photographies de rues — devantures de magasins et restaurants, marchands ambulants, piétons, courses de garçons de café, etc. C’est La Belle Époque telle qu’elle était vécue par des Parisiens anonymes, telle que la restituent ces archives richement commentées.

© Werner Bokelberg
© Werner Bokelberg
© Werner Bokelberg

Comme le dit très justement le libraire André Jammes dans le film, c’est là « un extraordinaire répertoire de la vie quotidienne », permis par les progrès techniques de la photographie, plus accessible. Les clichés pris par des photographes ambulants étaient vendus 40 centimes pour 12 photo-cartes — un café, à l’époque, valait 10 centimes. A la fois cartes de visite pour les propriétaires de magasin ou cartes postales envoyées à la famille loin de la capitale, ces clichés permettent à l’auteur du documentaire de déployer une histoire de lieux iconiques (Maxim’s) comme des rues parisiennes, des bruits de la ville qui changent (automobiles et klaxons, bicyclettes…), des trottoirs qui deviennent supports publicitaires, des habits, accessoires et objets. Le film donne ainsi toute sa chair à La Belle Époque, il est le panorama d’un moment, une tranche de vie sociale, avec les débuts de la société de consommation et l’univers du travail devenant pleinement sujet iconographique.

Devantures : Flâner à travers La Belle Époque, documentaire de Bernd Boehm (Allemagne, 2018, 26mn), 31 mars 2019, 19h15 et en replay jusqu’au 28 juin 2019.

© Werner Bokelberg
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