Tenir bon : sauver la Maison des écrivains

Tenir se conjugue au présent vif et sans objet depuis quelques temps à la Maison des écrivains et de la littérature. Tenir au quotidien. Tenir à cela comme si le quotidien donnait à une équipe de onze personnes la joie du travail accompli avec confiance, d’un travail nécessaire à notre société, parce que la mission de la Maison est de prendre soin de la littérature, donc des auteurs.

Tenir, c’est trouver les réponses justes à donner à ces auteurs, aux enseignants, partenaires. On tient ? On reporte une action ? On l’annule ? On espère ? Oui. On espère que le sort infligé à la Mél va prendre un autre cours.

On observe la courbe des signataires d’une tribune nécessaire (parce qu’elle dit vraiment quelle est la situation), on garde un peu d’humour, dans une grande réserve pour ne pas flancher. On fait des badges même si nous n’en portons jamais, nous inventons des questions, nous cherchons des réponses. Une équipe pour la littérature. Un sport de combat. On préférerait pas. On aime la bataille, mais pas n’importe comment.

Depuis le 1er mars, cette équipe faite Maison œuvre sans assurance de salaires. Cela tient à une lettre. Qui n’arrive pas.

Le 22 février, la DRAC Ile de France, lors d’une réunion, nous apprend que notre subvention pour 2019 sera de 500 000 euros (au transfert de notre dossier du CNL à la DRAC nous perdons 50 000 euros qui s’ajoutent aux 165 000 déjà retirés en trois ans par le Cnl), et que cette somme ne financera que les actions tenues sur le territoire de l’Ile de France.

Ce nouveau coup porté nous atteint. La mission de la Mél est et a toujours été nationale. Depuis sa création en 1986, par Jean Gattegno, alors Directeur du livre et Président du Centre national du livre, elle a porté des programmes nationaux bien connus des auteurs, des enseignants (du primaire au secondaire) et des chercheurs à l’université. Elle a porté les Enjeux de la création contemporaine en organisant des rencontres régulières puis, il y a 12 ans, une manière de Festival Littérature, Enjeux contemporains. Elle travaille avec 500 auteurs par an, et les rémunère justement.

Que disent ces chiffres ? Ils disent que nous travaillons. Que notre quotidien est fait de ces courants que nous faisons passer, de ces rencontres que nous imaginons entre les uns et les autres, des modalités pour autrui, pour celles et ceux qui n’ont pas notre chance d’être dans ce dialogue perpétuel avec les écrivains, de les rencontrer à leur tour. Nous créons ces espaces, avec nos partenaires, en faisant qu’à chaque fois qu’une rencontre a lieu, elle soit portée par le souci de la création. C’est pourquoi nous sommes si exigeants avec la question posée à la littérature, en général et en particulier. Parce qu’elle est une effraction dans la langue, et si ça se lit, ça s’entend aussi. Quand les écrivains parlent, ça se voit ! Et si c’est spectaculaire, c’est dans la langue qu’il faut chercher le spectacle.

Notre convention annuelle avec le CNL en 2018, nous engageait comme toujours à développer nos actions dans les régions. Ainsi avons-nous signé une convention avec le Centre des Monuments Nationaux en octobre, qui concerne 10 écrivains pour 10 monuments : commande de textes et rencontres publiques et d’éducation artistique et culturelle. Le mot clé, EAC en raccourci (que nous travaillons avec le Collectif de l’éducation par l’art car il ne faut jamais laisser les « dispositifs « dormir sur les oreilles de la passivité). Nous préférons l’éveil, les réveils sonnants et dynamiques, énergiques, comme des œuvres. L’éducation par l’art est inhérente à la Mel. Une sorte d’ADN.

Le siège de la MéL

Devrions-nous arrêter en 2019 comme s’il y avait une frontière, un mur indéterminé mais déterminant entre le 31 décembre et le 1er janvier d’une activité incessante avec autant de partenaires ? On a bien voulu nous faire croire qu’il y avait des frontières dans le ciel au passage du nuage de Tchernobyl, mais c’était il y a longtemps. A moins que ce ne soit toujours pareil, qu’il y ait des murs partout, des murs, de l’incompréhension, de la surdité, une volonté. Faire disparaître la Maison. Vraiment ? Impensable.

Nous tenons. Nous y tenons. Nous y sommes hébergés, nous y demeurons le jour et, le soir, dans d’autres maisons, nous lisons. Le jour nous lisons aussi. Nous lisons toujours. Nous prenons des jours pour cela. Des jours de lecture. Nous le devons aux auteurs, à nos partenaires. Nous voulons savoir de quoi nous parlons. Nous y tenons. Sinon, ce serait imposture, ou ce ne serait rien. Même pas du vent. C’est trop joli le vent.

A ce jour qui est un jour de résistance, aucune nouvelle ne nous est parvenue qui nous rassurerait et nous dirait que nous sommes entendus. Qui dirait : nous entendons les 2000 personnes qui signent la tribune pour que vive cette maison, qui témoignent de leur attachement à cette plus que trentenaire qui n’a jamais failli. L’Appel des 200 universitaires prouve à l’envi que sa fonction est utile, qu’elle sert à quelque chose, à beaucoup plus de choses qu’elle ne le montre. Ce qui est dessous, dans le sous-marin, ce qui n’est pas visible et qui s’appelle le sens, une certaine forme d’esprit, une passion, un dévouement, un moteur ! Un sacré moteur !

Alors, la Mel, il faut qu’elle tourne encore.
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Sylvie Gouttebaron
Directrice de la Maison des écrivains et de la littérature

Lire sur Mediapart la  Tribune de 200 chercheurs et universitaires plus de 20 pays sur Médiapart

La pétition adressée au Ministre de la Culture peut être lue (et éventuellement signée) ici