« The First » : the wrong stuff, l’étoffe du zéro

La nouvelle série de Beau Willimon (développée sur la plateforme Hulu Originals) s’appelle The First, mais elle aurait tout autant pu s’appeler The Abyss tant celle-ci réussit le tour de force de tutoyer les abîmes de l’ennui sur le sujet de la conquête de l’espace et si elle parvient à nous faire lever les yeux au ciel, c’est bien trop souvent au sens figuré et à son corps défendant.

Autant vous le dire tout de suite, l’équipage d’astronautes qui se dirige d’un pas assuré vers une fusée portant le nom d’un système d’exploitation Windows va mourir dès les premières minutes de The First, faisant de ce casting éclair les premiers martyrs d’un nouvel épisode de la conquête spatiale.

En 2030, dans un monde Sirisé à outrance (la moindre interaction avec la technologie se fait avec la voix sans même prendre le temps de dire OK Google), on téléphone grâce à ses bouchons d’oreilles, on paie son shopping avec un bracelet sans contact, une scientifique (Natascha McElhone) que l’on devine brillante veut faire des USA la première nation à envoyer un vol habité sur Mars. Contre vents stellaires et marées politiques, elle entend bien assouvir son rêve d’enfant tandis que celui (Sean Penn) qui a entraîné l’équipage trop vite défunt, se révélera être le sauveur du programme.

Sean Peann, Crédit photo : Hulu Originals

Comme toute bonne série (ou film du même genre) qui se respecte, le pitch de The First suppose que l’on aura à faire face à la large palette des sentiments et vertus des personnages (doutes, peurs, ambitions, failles, motivations, courage, faiblesses) et à l’inévitable fabrique des héros (les entraînements, les examens médicaux, la question du choix d’une vie et les relations avec les épouses, maris, familles). Hélas, on découvrira très (trio) vite tous les efforts des quatre réalisateurs (par ailleurs talentueux) pour nous faire regarder l’histoire de côté, par les yeux de chacun des protagonistes, en juxtaposant les histoires, quitte à délivrer des messages humanistes cheap avec la subtilité d’un rouleau compresseur.

Crédit photo : Hulu Originals

Tree of life versus Le Club des 5

Beau Willimon a-t-il trop regardé Terence Malick ou Stanley Kubrick et mal digéré David Fincher et Chuck Palahniuk ? On serait enclin à le penser avec ces longs plans séquences qui permettent d’immerger le spectateur dans l’action, quelle qu’elle soit et une voix off qui délivre des pensées new age d’un autre temps. Les préoccupations intimes des personnages sont mises en miroir des pensées confuses d’un énigmatique réparateur de téléphones à pièces. Une scorie scénaristique qui fait que l’on se demande à plusieurs reprises si dans l’ombre de son réduit, le bricoleur n’est pas un obstacle de plus à la réussite de l’entreprise. Mais en fait non, il est simplement là pour souligner au pinceau de chantier l’envol vers un avenir plus radieux, quand on sort des ténèbres (d’un garage mal éclairé en l’occurrence) et que l’on voit la lumière… Parce que la mission principale de l’équipée martienne (se confondant avec l’ambition de The First), c’est de dire qu’il faut quitter la terre, vieille, sombre et analogique, qui sûrement se meurt, il faut penser aux générations futures et aller redonner sa grandeur patriotico-scientifique au reste du monde. Rien de moins.

Crédit photo : Hulu Originals

Soyons fair-play, The First n’a pas que des défauts : servie par une esthétique irréprochable et célébrant à sa manière l’évolution humaine et sociétale avec une femme à la tête d’un programme spatial et une autre Présidente du pays, une lieutenant-colonel de l’USAF noire et gay qui prend sa revanche dans ce men men’s world, une biologiste qui refuse le désir d’enfant de son mari écrivain poussif et préfère s’embarquer à bord de la fusée vers Mars…

Mais à trop vouloir démontrer ou justifier les bienfaits de la technologisation, expliquer pêle-mêle combien c’est compliqué d’être père, mari, fille femme de, montrer encore (le mal au dos comme métaphore du poids des responsavilités, le tatouage, la peinture, la drogue et toutes les formes d’addition, etc.), The First s’enferre dans un sentimentalisme convenu qui tire ses enjeux vers le bas et maintient l’intérêt du spectateur… au niveau du pas de tir.

Crédit photo : Hulu Originals

The First, créé par Beau Willimon, réalisé par Deniz Gamze Ergüven, Agnieszka Holland, Ariel Kleiman, Daniel Sackheim, avec Sean Penn, Natascha McElhone, Hannah Ware, LisaGay Hamilton, Anna Jacoby-Heron… Production : Hulu Originals, diffusé en France sur OCS Max, 8 épisodes, depuis le 9 octobre. Intégrale disponible en replay.