13 novembre, Fluctuat Nec Mergitur : faire parler les (sur)vivants

13novembre. Disponible depuis le 1er juin sur Netflix, le documentaire de Jules et Gédéon Naudet brise des silences multiples. Le silence effroyable né de la sidération qui s’est emparée de la nation tout entière ce soir de 2015. Le silence qui s’est installé après, quand les bruits des tirs, des explosions, quand les cris des victimes ont cessé. Le silence des anonymes qui sont intervenus, aidant, soignant, soulageant, accompagnant les morts, les blessés, les rescapés, les simples témoins des scènes tragiques vécues cette nuit-là.

13 novembre, Fluctuat Nec Mergitur revient sur la soirée qui a vu Paris être le théâtre d’une succession d’attentats monstrueux, des abords du Stade de France au Bataclan. Le temps d’une chronologie meurtrière, dans les rues de la ville jusque dans les couloirs d’une salle de spectacle.

Signé des frères Naudet, auteurs en 2002 de New York : 11 septembre, téléfilm-documentaire de référence sur les attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001. Diffusé en trois parties, objet filmique incongru sur une plateforme davantage connue pour ses séries grand public ou ses créations originales exigeantes et son catalogue de films à la qualité aléatoire, le documentaire des frères Naudet se donne comme à la fois comme un exercice de mémoire par sa structure chronologique et un hommage poignant, tout en en évitant le piège de l’emphase et du pathos.

En donnant la parole aux victimes, aux pompiers, à quelques officiels, à quelques témoins, aux otages, 13 Novembre réussit le tour de force de redonner la parole aux disparus : les mots, les regards, des interviewés, les ellipses, la sobriété des rares images des scènes d’attentats (photos, vidéos amateur ou de journalistes) permettent de « revivre » l’enchaînement des événements du point de vue de l’humain, refusant tout sensationnalisme. A ce titre, on peut même souligner la prise de parole très en retrait de François Hollande qui ne parade pas dans l’exercice du pouvoir et celle, déterminée et froide de Bernard Cazeneuve alors ministre de l’Intérieur.

Avec 13 Novembre, Jules et Gédéon Naudet semblent s’être attachés à célébrer l’humanité contre la barbarie, avec une plongée au coeur de l’intime, en laissant dire ce que les survivants ont ressenti à ces moments précis où ils faisaient face à l’horreur. Et le spectateur de se rendre compte que deux ans et demi après, le cerveau avait gommé certaines informations, oublié des détails, sûrement par protection ou par la faute de la profusion d’images et de commentaires dénués de recul vus et entendus sur les chaînes d’informations à l’époque, le soir même et les jours, les semaines qui ont suivis.

Un documentaire salutaire, presque une thérapie pour les « acteurs », témoins, hommes, femmes, parents, jeunes, moins jeunes, évidemment traumatisés, qui se livrent face caméra en clair-obscur, un exutoire pour le spectateur bombardé d’informations et d’immédiateté à l’heure des réseaux sociaux, un hommage en creux aux victimes innocentes réduites au silence par la lâcheté des terroristes au nom d’une idéologie de mort. 13 Novembre fait parler les vivants. Pour mieux faire exister à jamais les 130 dans les coeurs et les esprits. Pour ne pas oublier.