Franck Gérard : 22 avril 2014 (Fifty-Three Days, journaux américains, 5)

© Franck Gérard
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LOS ANGELES /Day five

Hell Hi, L.A. ! J’ai envie de vous écrire en anglais de cet enfer si doux pour moi. Imaginez-moi sur un escalier en train de vous écrire d’Hollywood (Lexington Avenue). La nature est fantastique ici. Je pense à Sao Paulo. Je sors de l’hôtel ce matin, je ne sais pas par quel bout attraper cette ville alors je reste à ce croisement, Burbank Blvd, Tujunga Avenue et Lankershim Blvd. Soudain une vingtaine de « Chips » (j’entends les policiers, les motards pour ceux qui connaissent la série) arrivent, je shoote. Il est difficile de prendre des images car cette lumière si aveuglante écrase tout.

Je remarque surtout ce homeless avec ces deux énormes «caddies», remplis de sa vie, qui les déplace un par un. Il met 45 minutes à traverser le Burbank Boulevard car, entre chaque échange, il respire ou délire. Je ne pense pas que le mot destination puisse avoir un sens pour lui ; je ne sais pas ; mais un par un il les pousse. Hormis le fait qu’il semble un peu fou et qu’il soit à la rue, il transporte une forme de poésie, me fait immédiatement penser à Sisyphe. 35°Celsius, un peu plus que 90° Fahrenheit, j’ai chaud en noir. Et soudain une voiture, avec une énorme moustache rose, arrive, bang bang ! Oui, je suis bien à Los Angeles (!) ; je ne connais pas d’autres endroits où cela puisse arriver. Je suis sous le charme de cette ville sans l’être, je ne l’ai pas encore comprise, il faut que je lui parle plus, il faut qu’elle me réponde, qu’elle touche mes sens et surtout celui, vital pour moi, oui celui-ci, la vue ! C’est difficile car je connais déjà tous ces noms et c’est à ce moment-là, ma réalité. Je me balade sur Sunset Blvd, vois au loin le HOLLYWOOD blanc et étincelant sur les collines ; ensuite, je vais manger sur Melrose Avenue. Je ne sais pas encore où je suis, car cette ville est une entité que je ne saisis pas. Il faut sans doute que je roule et que j’aille au-delà, vers le désert, tout proche, que je n’ai jamais vu.

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