Franck Gérard : 19 avril 2014 (Fifty-Three Days, journaux américains, 2)

© Franck Gérard
© Franck Gérard

San Francisco /day two.
(And so tired because I walked all the day)

Je shoote, le terme s’accorde soudain parfaitement avec ce que je fais, ce que je suis ici, dans la rue, ce n’est plus un appareil photo mais un flingue que j’ai sauf que, lorsque je shoote, les gens me sourient. Plus de problème de droit à l’image, plus de paranoïa et cela fait plaisir. Je traverse les rues au hasard et soudain me retrouve devant le même type qu’hier, le seul avec qui j’ai eu un problème avec les yeux bien noirs qui vont avec : « You took a picture of my girlfriend » (« Yes, I did it, I’m French » fut mon excuse), et aujourd’hui il me dit « Take it easy my friend ». Record battu pour les homeless dans la rue à San Francisco ; ils hantent la ville, avec notamment celui qui a une pancarte (et cette fois j’ai pris l’image) : « Homeless and sick with HIV, Anything help ? ».

A un moment je traverse un quartier, The Tenderloin, où j’ai l’air d’être super riche au vu de la population, écrasée sur les trottoirs avec, pour certains, des yeux cramés par la came et il y en a un qui essaie de nouer le contact, se glisse rapidement vers moi. Je n’attends pas que le feu piéton me soit favorable, je trace ma route.

A un autre moment je croise Chinatown par hasard, une sorte de Montmartre du coin à la chinoise, mais vais dans une direction opposée au hasard de mon regard, de ce (ceux) qui m’attire(nt) et je n’en finis plus de shooter les êtres errants vivants de cette ville.
Je ne prends pas le temps de faire attention à moi ; juste dans cette espèce de monstruosité que peut être l’ouverture au monde, l’acuité visuelle où tout ce qui m’entoure devient palpable mais par les yeux… Étrange sensation que celle-ci mais, je l’avoue, jouissive. Pas plus le temps d’écrire et trop de choses à raconter ; il est l’heure pour moi de me reposer. Demain je trace en direction de Los Angeles en voiture, la route au bord du Pacifique, en deux jours. J’espère trouver un motel digne d’un film mais sans serial killer. Bye bye San Francisco.

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