Gardien, allez-y

Hunstville Texas
Allongés sur la table d’exécution.
Sanglés.
Les bras en croix.
Le visage tourné vers le haut.
Un micro suspendu au-dessus de la tête.
B.A., matricule 999486, a fracassé le crâne d’un homme à coups de marteau :
« Ne pleurez pas, il n’y a aucune raison de pleurer. J’ai tout gâché. Je déteste ce qui est arrivé. Quand je suis né, j’étais fort. Au moment de partir, je suis fort. Vous pouvez y aller, gardien. »
M.H., matricule 999352, a étranglé une fillette :
« Je voudrais chanter, je voudrais chanter pour la mort de cette enfant. Je ne pleure pas sur moi-même, je pleure ceux qui ne sont plus ; je pleure pour ceux qui meurent pour leurs péchés, ceux qui se suicident, ceux qui n’ont pas été délivrés. Je voudrais pouvoir revenir en arrière, mais je ne peux pas. »
Y.V., matricule 999701, a frappé à mort un couple de vieillards avec une batte de baseball, leur a volé quelques billets:
« Je suis désolé, je l’ai fait. Je suis prêt, gardien. Je me sens bien. Gardien, je suis prêt.»
P.O., matricule 999694, a assassiné son père d’une balle dans la tempe :
« Je connais vos souffrances. Je vous chéris. Ils sont en train de me fixer une pompe pour m’injecter dans les veines un poison. Je vous aime. C’est tout ce que je peux dire. »
E.T., matricule 999823, a tapé la tête d’une femme sur un rebord de fenêtre en béton, jusqu’à ce qu’elle s’écroule. Lui a alors arraché ses vêtements et l’a sodomisée. Ensuite, lui a piétiné le visage, lui cassant la mâchoire si violemment que sa langue en fut déplacée. La victime est morte en étouffant dans le sang de ses blessures:
« Le couloir de la mort est plein de cœurs isolés et d’esprits annihilés. Nous sommes plein d’un amour qui cherche de l’affection et qui cherche à comprendre. Les murs des ténèbres me sont tombés dessus. Au revoir à tous. Gardien, allez-y. » ( Il commence à chanter ).
L.R., matricule 999517, a attiré un homme dans un quartier isolé, l’a menotté, l’a emmené vers une tombe qu’il avait creusée auparavant, l’a assommé et enterré :
« Oui, je veux. Je voudrais m’adresser d’abord à vous.Vous avez perdu quelqu’un que vous aimiez beaucoup. J’aimerais pouvoir vous offrir une forme de réconfort. Et vous, ma famille et mes amis, je vous aime. Je remets mon âme. Merci. »
J.C., matricule 999209, a torturé une jeune fille, lui a tranché la gorge :
« Rien de cela n’aurait dû arriver, c’était une erreur. Maintenant que je vais mourir, il n’y a plus de souci à se faire.Tout le monde a des problèmes et je ne ferai plus partie de ces problèmes. Voilà ce que je voulais dire. »
N.Q., matricule 999165, a abusé de sa nièce quand elle avait huit ans, l’a noyée en lui plongeant la tête dans un seau d’eau :
« Je ne vais pas crier, jurer. Mais je suis désolé d’être ici. Je suis désolé que vous soyez tous ici. Je suis désolé que L. soit morte. Et je suis désolé que ce soit quelque chose, en moi, qui ait provoqué tout ça. »
G.Z., matricule 999948, a abattu la vendeuse et est sorti du magasin avec des bijoux :
« Oui, monsieur, aux membres de la famille S., je ne sais pas qui vous êtes, pas plus que les autres personnes présentes. Comme je l’ai déjà dit, j’assume la responsabilité du meurtre de votre fille. Je ne peux pas vous donner d’explications, je ne peux pas vous donner de réponse. Je peux vous donner une chose et je vais la donner aujourd’hui. Je vous donne une vie pour une vie. Vous avez le droit d’assister à tout cela, je suis heureux que vous soyez là. Je ne dis pas ceci pour plaisanter, je vous donne ma vie. J’ espère que mon exécution vous réconfortera. Quant à moi, je suis heureux, c’est pour ça que je souris. Je suis heureux de quitter ce monde. Merci d’être venu.» (Il commence à chanter).
D.V., matricule 999730, a asphyxié sa victime dans un sac en plastique :
« Vous ne me faites pas mal. J’ai eu le temps de me préparer. Si vous ne voyez pas la paix dans mes yeux, vous ne me voyez pas. Je suis prêt, gardien. »
X.K., matricule 999475, a démembré une prostituée, sa tête n’a jamais été retrouvée :
« Oui. A ma famille : je vous aime. Continuez à vivre. Souvenez-vous simplement de la lumière. Je vais laisser cette lumière briller. Laissez-la briller. Laissez la lumière briller. »
I.F., matricule 999896, a castré et poignardé à plusieurs reprises, avec un couteau de boucher, un homme avec qui il avait entamé une relation sexuelle :
« Merci Seigneur, c’en est fini pour moi. »
S.W., matricule 999321, a enlevé une jeune femme, l’a droguée, violée, puis achevée à coups de poing :
« Bon, gardien, allez-y. Appuyez sur la détente. Ça vient. Je le sens venir. Allez-y. »

Injection 1 : midazolam.
Injection 2 : bromure de vécuronium.
Injection 3 : chlorure de potassium.
Terminé.

( Source: Derniers mots de condamnés à mort dans la chambre d’exécution de la prison de Huntsville, Texas,  juste avant l’injection létale. Un micro est suspendu au-dessus de leur tête. Le gardien leur propose de prononcer « a last statement » — une dernière déclaration. Dans un bureau, une sténo est prête à prendre des notes. Derrière une vitre sans tain, dans deux salles différentes, les proches de la victime et la famille du condamné assistent en silence à l’exécution. Cf. « Voix d’outre-tombe », Le Monde, 10.10.2014.)