Jean Yanne revient sur Paris Première : tout le monde il est beau, tout le monde il est Yanne

Jean Yanne

Jean Yanne reviens, on est devenus (trop) cons ! Une injonction, comme une prière : ramener d’entre les morts celui qui a si bien su dynamiter les convenances, pourfendre le clergé, les gouvernements successifs, la société de consommation, le show business. Et le titre du documentaire de Fabrice Gardel, Edward Beucler et Christine Bernadet diffusé ce mardi 17 mai à 22h35 sur Paris Première.

Capture d'ecran 2016-05-16 à 14.51.21Dans la mémoire collective, Jean Yanne restera à jamais ce Français râleur (pléonasme ?) qu’il a si bien su caricaturer (si ce n’est simplement singer sans trop forcer le trait) au long d’une carrière faite de délires radiophoniques et télévisuels, de films à l’humour au vitriol et de compositions musicales potaches. Des débuts dans les cabarets jusqu’aux rôles alimentaires en passant les grandes heures de l’ORTF, le portrait de l’homme en animal médiatique parle d’un temps que ceux qui n’ont pas connu la télé en noir et blanc sur une chaîne unique ne peuvent pas comprendre.

Capture d'ecran 2016-05-16 à 14.51.37Produite par l’INA, l’invitation à (re)découvrir en images le parcours de celui qui, né Roger-Jean Gouyé aux Lilas d’un père ébéniste et d’une mère couturière, est devenu ce comédien-réalisateur-producteur de renom fait la part belle aux documents d’archives, aux extraits d’émissions qu’il a créées ou animées, aux interviews et plateaux, aux petites phrases et aux sorties tout en gouaille et en provocation.

Jean Yanne, vous êtes né en 1933, une mauvaise année parce que c’est quand même l’année où Hitler prenait le pouvoir en Allemagne…

– une bonne année pour lui.

Jean YanneLe ton est donné. L’amour du bon mot et de la satire a été le moteur de celui qui s’est rêvé journaliste (passé par le CFJ, il a collaboré à L’Humanité et à L’Aurore) et est devenu le trublion que l’on connaît. Auteur inspiré, boulimique, surdoué, autodidacte cultivé, Jean Yanne a connu la gloire et ses revers. Acteur, réalisateur, il a été le monstre de service chez Chabrol (Que la bête meure, Le boucher) ou Pialat (Nous ne vieillirons pas ensemble) et le légendaire Christian Gerber de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ou le dénonciateur (sic) de la collaboration et de l’attitude des Français sous l’occupation dans Les Chinois à Paris.

Mais derrière le vachard et le cynique percent la tendresse et la fragilité : les femmes, l’argent, la solitude… Fabrice Gardel, Edward Beucler et Christine Bernadet ont trouvé le juste équilibre entre l’historiographie et le portrait à décharge, évitant la complaisance tout en montrant les failles et les contradictions assumées d’un homme et d’un artiste dont Nicole Calfan disait qu’« il y a de la gravité dans la drôlerie et de la tendresse dans sa force brute ».

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Jean Yanne moquait les puissants jusqu’à l’outrance, s’interdisait souvent de rire des faibles, mais a toujours fait preuve d’une certaine férocité envers ses concitoyens. Qui lui ont parfois donné raison.

« Je suis toujours surpris parce que les ennuis ne viennent jamais des choses auxquelles je m’attendais. (…) Imaginez que je sois à la télévision et qu’un type qui me regarde est cordonnier : si je fais une blague sur les Juifs, il rigole. (…) Mais si jamais je me fous des cordonniers, je me fais immédiatement traiter de salaud ».

Capture d'ecran 2016-05-16 à 14.50.53Alors, Jean Yanne, révélateur de son époque ? Sûrement et peut-être même au-delà. Sur le plateau de L’Invité du dimanche, le Père Bruckberger tressa un jour des lauriers au comique : « je suis reconnaissant à Jean Yanne, qui rappelle les gens à l’humilité. Le jour où une société n’aura plus de comique, elle périra d’ennui et j’ai un petit peu peur que c’est ce qui va nous arriver. Nous sommes menacés de conformisme. Le conformisme engendre l’ennui, et l’ennui engendre l’intolérance et l’intolérance engendre l’inquisition. » Et le Rabbin Eisenberg d’ajouter : « La Bible est un livre très humoristique. (…) Je crois que le maniement de l’humour tel que le pratique Jean Yanne, est une entreprise de démystification. »

Qu’ajouter de plus ? Peut-être laisser le mot de la fin à Jean Yanne qui dans une des séquences où il lit face caméra le courrier des téléspectateurs acrimonieux et critiques, déclare : « Amen. Et Inch Allah pour ne mécontenter personne. »

Jean Yanne reviens ! DVD

Jean Yanne reviens, on est devenus (trop) cons ! (documentaire de Fabrice Gardel, Edward Beucler et Christine Bernadet). Mardi 17 mai 2016 à 22h35 sur Paris Première. (Rediffusion : Samedi 21 mai 2016 à 00h45). 

A lire également sur Diacritik : Je reviens ! vous êtes devenus (trop) cons(Jean Yanne inédit), textes présentés par Fabrice Gardel, postface de Jean-Christophe Yanne, coédition Le Seuil / Le Cherche Midi, 280 p., 18 €