Olivier Cadiot : Retour définitif et durable des lettres aimées (Histoire de la littérature récente, tome I)

Olivier Cadiot
Olivier Cadiot

« Chaque écrivain qui naît ouvre en lui le procès de la Littérature » lançait naguère Roland Barthes, désignant dans Le Degré zéro de l’écriture d’un geste épris d’intransigeante modernité, cet instant inouï où tout livre débute, à chaque fois, pour définitivement recommencer en soi la Littérature. De telles considérations qui entendent donner, dès son orée, l’écriture comme l’indépassable sursis d’une Littérature perpétuellement redébutée et en redessiner l’impossible histoire depuis son intime faillite toujours reculée résonnent comme le parfait liminaire à la lecture de l’incisive Histoire de la littérature récente, tome I, brûlante d’énergie qu’Olivier Cadiot vient de faire paraître chez P.O.L.

De fait, à l’instar de Barthes pour qui la Littérature s’aperçoit toujours à sa naissance depuis sa réfutation et son horreur à ne plus pouvoir être pour l’écrivain qui s’éveille au désir d’arrachement d’écrire, Olivier Cadiot propose avec une force et une fermeté enjouée dont il sait être coutumier, un livre qui n’en est pas un, offre avec Histoire de la littérature récente, tome I un livre qui, après les poèmes sans poésie de L’Art Poetic’, après les romans sans romanesque de Fairy Queen, Un mage en été ou encore le récent Providence, se révèle être un essai sans théorie totalisatrice, un essai presque sans essai, un essai moins un essai.

Si, pour Cadiot, prosateur distancié de la prose et poète hilare du poème, la pensée de la Littérature, son geste théorique comme sentiment d’époque et son tableau à brosser comme situation folle à partir de laquelle il s’agit d’œuvrer à écrire se sont imposés avec son comparse d’alors Pierre Alferi comme sentiment premier d’écriture (avec, en 1995 et 1996, les deux livraisons cardinales de la Revue de littérature générale – deux tomes qui disaient combien la Littérature était à écrire), bientôt une vingtaine d’années plus tard Cadiot moins Alferi arpente de nouveau le champ critique. Il y dit combien la situation de la Littérature serait, à tout prendre, critique sinon pire : la Littérature n’y serait plus. La littérature serait morte. Car, si Pierre Alferi s’interrogeait seul un peu plus tard pour savoir où chercher la phrase, le geste qui redonne Cadiot à la pleine critique qui l’avait vu naître se relève plus turbulent et consiste à s’interroger seul un plus aujourd’hui pour savoir où chercher la littérature.

Sans titreCar où est passée la Littérature ? Telle serait, tranchante et hagarde, la question qui préside sans retenue aucune à Histoire de la littérature récente, tome I tant pour Cadiot la Littérature est aujourd’hui, depuis le jour au cœur duquel il profère, jetée dans le non-lieu d’elle-même dans la mesure où l’histoire de la littérature récente révèlerait de manière terrible combien il n’y a récemment plus de littérature et combien dans l’histoire récente que Cadiot entreprend, la Littérature se tiendrait comme la grande absente, la grande disparue sinon la grande morte. L’histoire dit que, paradoxalement, la Littérature n’aurait précisément plus d’histoire. Elle serait, morte, toujours-déjà à présent dans la fin de l’Histoire. L’époque vivrait ainsi dans la toute violence d’une Littérature devenue l’impossibilité constitutive de l’époque même, Cadiot annonçant d’emblée, en reprenant dans une rumeur anonymisée les propos alarmistes de Philip Roth sur la promesse de la fin irréversible de la Littérature : « Un grand écrivain américain prédisait récemment que dans trente ans, sinon avant, il y aura autant de lecteurs de vraie littérature qu’il y a aujourd’hui d’amateurs de poésie en latin. Pourquoi pas ? » Et Cadiot de commenter : « C’est idiot de devenir un poète latin au moment où l’on abandonne les langues anciennes. Il vaut mieux être mort que démodé, disait un écrivain anglais d’autrefois. Pensez-y avant d’embrasser la carrière. » Notre temps, semble suggérer Cadiot ici, irait ainsi plus avant que la formule de Barthes clamant que la Littérature est toujours l’Utopie du langage, l’approfondissant jusqu’à l’affolante aporie qui se donnerait comme le noir postulat de Cadiot et qui dirait l’époque en une lapidaire formule : la Littérature devient l’Utopie de la Littérature même.

Mais lorsque sous la parole de Cadiot se disent les « ça baisse depuis toujours » et autres « ça n’arrête pas de descendre depuis une éternité » ou encore « On devrait être au fond de la terre. Chaque année, le niveau d’orthographe diminue un peu plus, à ce rythme, on devrait vivre dans des forêts en poussant des petits cris inarticulés », sans doute n’est-ce pas la déploration intime de Cadiot qui se donne à lire en propre et en son nom. Tout au contraire Cadiot se donne tout d’abord ici dans l’œuvre, en sa préface reculée, comme l’écho brisé et interdit d’un discours de Cassandre de la fin de la Littérature, de la « chorale décliniste » qui hante notre temps qui constitue la bande de discours contre laquelle Cadiot réagit. C’est contre sa voix plurielle et affolée de désastre que Cadiot, avec virulence et joie, entend réagir, celle qui se met en scène incessamment de la sorte : « Un chœur sinistre beugle au fond de la scène : c’est fini, c’est fini. On fait partie de la chorale. Hurler à la mort à plusieurs, c’est tentant. » Et d’ajouter là encore pour savoir qui déclame de manière collégiale : « Regardons de plus près ; il y a qui dans ce groupe de pleureuses ? Un drôle de mélange. Se rejoignent sur la carte deux camps opposés… qui disent la même chose. Ceux qui pleurent la littérature d’avant depuis toujours et ceux qui réalisent que la littérature d’après est devenue celle déjà d’avant, etc. Ce n’est pas simple. » Un grand discours parle qui veut déparler la littérature à toute force et que Cadiot entendra à son tour faire entrer dans une grande défaisance active et critique.

Olivier Cadiot
Olivier Cadiot

Car, de fait, chez Cadiot, dans cette Histoire de la littérature, tome I à l’enseigne de ses autres œuvres, à la naissance reculée de la parole arrachée d’elle-même de Cadiot, toujours opérée du vivant non de la Littérature mais d’un univers moins la Littérature, il existe un monde qui ne peut se concevoir sans être lui-même entravé et saturé de paroles : la prose de Cadiot surgit toujours de la tourmente apeurée, asphyxiante et encombrée d’un trop-plein discursif, d’une parole très deleuzienne toujours au milieu du monde. La parole de Cadiot est jetée dans l’in medias res de tous les discours dont le monde se trame et dont nous sommes, à chaque instant, malgré nous traversés de rage hurlante et tuméfiante comme ces remarques qui ne cessent d’inonder la parole de toute part : « La littérature, ça n’intéresse plus personne, m’a dit dernièrement une personne spécialiste du contemporain à l’université, désolé, comme si elle m’annonçait la disparition programmée de quelqu’un, levant les bras de chaque côté du corps, les paumes tournées vers le ciel pour me signifier que c’est comme ça – d’un air de dire : mais non, elle n’a pas souffert, non non, elle ne s’est pas rendu compte. C’est comme mourir dans son sommeil. Ah j’aimerais partir comme ça. Faut laisser la place. Elle est mieux au ciel. » Ainsi, dans Histoire de la littérature récente, tome I, la parole de Cadiot s’origine et se creuse-t-elle, terrible et hilare, dans la grande nervure endoxale du monde. Cadiot se tiendrait alors peut-être dans la doublure délibérément négative de Mallarmé, là où il n’existerait plus de poésie possible, où son Absolu, tout majuscule soit-il, se serait depuis bien longtemps effondré dans la contingence la plus vile, celle du monde devenu bavardage continu de soi.

À reprendre pour la faire résonner ici la formule de Barthes qui disait de Mallarmé qu’il se donnait dans le monde, depuis le cri échappé du poème qui ne vient pas, comme un Hamlet de l’écriture, il faudrait sûrement opposer que Cadiot se donne plutôt, depuis la volonté ardente de peupler le désert à nous venu, à la fois comme le Matamore de l’écriture et le Robinson de la Littérature. Matamore était poète : Corneille ne l’a pas vu. Robinson était essayiste : Defoe ne s’en est pas douté. Dès lors, au cœur de cette Histoire de la littérature récente, tome I, Matamore et Robinson se croisent et s’hybrident dans le corps poétique de la parole de Cadiot pour venir faire délirer l’endoxal, l’épuiser comme discours, en défaire la superbe (c’est le travail poétique de Matamore) dans l’hyperbole même de sa tenue et en proposer le redébut (c’est le travail réflexif de Robinson abandonné sur une île où il doit bien, à un moment ou à un autre, recommencer le monde). Histoire de la littérature récente, tome I veut ainsi trouver les lieux de l’idée et du poétique bien après les discours, bien après ces ratiocinations unanimes selon lesquelles on déplore ces « breaking news : le cinéma, c’est fini, la sculpture a disparu, la littérature, terminus, imaginez le choc. » À l’horizon de cet essai qui n’en est toujours pas un, Matamore et Robinson en Cadiot doivent décidément s’occuper de la grande parole cassandresque entre toutes de cette Mort unanime de la Littérature qui aurait succombé sans que nous le sachions à toutes les sirènes les plus viles du monde. Là où le monde parle, Cadiot veut opposer l’écriture, c’est-à-dire ce moment où écrire, c’est comprendre que « la littérature n’est pas à l’endroit de la bouche. » La littérature reprendra ainsi ailleurs que depuis la bouche toujours bavarde des choses car la Littérature se tient en nous comme un au-delà de la langue.

De fait, à rebours de « cette histoire de déclin » avec « ces gens qu’on aime qui nous l’ont soufflée à l’oreille », Cadiot entend nuire et défaire par une histoire critique et réactive cette histoire sans histoire où la Littérature ne serait plus car Histoire de la littérature récente, tome I entend être tout sauf un tableau historique où les hommes seraient figés dans la pose de la déploration et la tristesse compassée de ce qui, irréversiblement, ne s’écrirait plus. Ce livre pousse un grand cri. Il hurle dans un rire mêlé d’ivresse tonitruante qu’il faut reprendre la Littérature, et ne pas céder à cette infinie pulsion de mort qui cherche à savoir « quelle littérature a disparu ? La classique ? Ou la moderne ? Certains regrettent encore Balzac, d’autres Robbe-Grillet – qui lui-même ne regrettait pas Balzac. C’est compliqué à suivre. » Compliqué ou pas, Cadiot retourne ici un pan intime et viscéral de la modernité dans un geste d’interrogation dont il est familier mais dont la puissance critique d’interrogation sur la littérature elle-même tenue ici comme objet premier du dire se porte à son degré d’incandescence le plus achevé : dans Histoire de la littérature récente, tome I, Cadiot transmue la négativité inhérente de la modernité en principe de positivité absolue comme force neuve, renouvelée et comique de la modernité même.

Car il faut en finir avec la fin. Tel serait le mot d’ordre contre cette mort que clame à corps perdu Cadiot d’emblée : « Donc on est là à ramasser les miettes. À pleurnicher comme des archéologues qui retrouvent la trace d’une villa romaine sous un supermarché. On a passé sa vie à pleurnicher, ça commence à bien faire. La coupe est pleine, on va se rebeller. Ça ne peut plus durer cette histoire de fin. » Ainsi, pour Cadiot, il s’agit d’œuvrer à une littérature de la positivité, celle qui offrira le renversement et la conversion de la décidément négativité du monde en un tonitruant effort positif. En d’autres termes : Histoire de la littérature récente, tome I entend achever la mélancolie en nous. Il y a, patent et hurlant, le désir abrasif de Cadiot de faire taire en soi la puissance pathétique de toute déploration qui vise à parler la littérature quand, hors de la mélancolie, il faudra l’écrire.

Partant, la formule qui pourrait ici synthétiser le geste de Cadiot devrait sans doute aucun s’inspirer du titre d’un des ses précédents textes, à savoir Retour définitif et durable de l’être aimé tant, depuis son désir de faire revenir la Littérature à elle-même, Cadiot propose dans Histoire de la littérature récente, tome I la formule d’un Retour définitif et durable des lettres aimées et de la littérature chérie. Et puisque, comme il le conseille encore à son lecteur, « ne foncez pas à l’aveuglette dans les ruines », Cadiot se décide à écrire tout sauf une histoire mais redécide à son tour de l’histoire, redessine l’histoire, la fait au présent de lui en deux temps majeurs, l’un guidé par Matamore, l’autre guidé par Robinson décidément, par lesquels l’histoire sera enquête des discours puis robinsonnade de la littérature.

Enquête des discours, en premier lieu ainsi, par Cadiot qui fait jouer de toute la puissance d’un Matamore fantasque tous les discours qui empêchent la Littérature de venir à elle-même car Matamore se met en tête, comme réécrit ici par Gaston Leroux qui serait le véritable visage de Mallarmé aujourd’hui, de voir et d’éprouver ce que tous les discours entendent dire. Où est la littérature de nos jours ? Telle serait la ferme question que Cadiot, éperdu, viendrait adresser à tous les discours qui se tiennent, dans une furie endoxale qui anime Cadiot au début de l’enquête. Matamore ne sait pas y faire : il dresse un portrait chinois de la Littérature. Il commence par le dire : « La littérature, c’est pareil que n’importe quoi. » Cadiot la cherche partout, la traque sans répit, « où est passé le corps ? », où est la littérature, ne cesse-t-il de demander à différents témoins, à des universitaires, à des journalistes, à des amis, à d’autres écrivains, au professeur Y de Céline même, à Zeus et la mythologie, à Lord Sandwich ou même à un site de livraison de sushis à domicile qui souligne l’indépassable paradoxe de notre époque qui fait survivre la littérature, « la grande, la classique, la sublime » mais pour devenir le discours parodique involontaire : celui accompagnant le site de sushis. La Littérature est alors partout, jusque dans un site de sushis, donc nulle part. Il va falloir avec urgence la recommencer si bien que l’enquête qui fait également rencontrer la bibliothèque d’un banquier suisse glisse là encore avec énergie vers la méthode.

Sans titreCar Histoire de la littérature récente, tome I ne dit précisément rien de récent que ce qui vient, comme si cette histoire, par Cadiot, véritable Robinson échoué sur les rives du désastre, ne traitait en rien du passé mais était l’histoire d’un avenir de la Littérature, d’une réanimation de la Littérature, à savoir littéralement, ce qui va l’animer de nouveau. Cadiot ne se tient alors pas coi. Cadiot a décidément une méthode, et cette méthode, hurlante de bonheur et d’ivresse à soi, est comme à son habitude la vitesse. Histoire de la littérature récente, tome I est un bréviaire fou et hilare de la vitesse, un art affolé et turbulent qui indique combien il faut prendre la littérature de vitesse. Car Cadiot veut aller plus vite que la mort de la Littérature. Il désire prendre la mort de la Littérature de vitesse jusqu’à ce qu’elle ne meure pas. La vitesse ici se dit par l’éclair, l’éclat, la déflagration qui recommande à chacun le « ça va vite » d’une écriture jamais au repos, proprement en alerte : où écrire, c’est œuvrer au Poème comme il l’indique, un poème de la vitesse, de la vélocité du verbe qui coïnciderait par sa rapidité avec la puissance d’un vivant sans trêve, toujours mouvant, toujours en déplacement. Le poème, le verbe, l’écriture doivent être récents. Littéralement et étymologiquement, ils doivent s’être produits depuis peu de temps : ils sont ce peu de temps advenu au langage et le langage lui-même advenu en peu de temps. Cadiot le sait qui livre ici sans doute l’une de ses plus belles définitions de la littérature lorsqu’il lance, dans l’empressement concerté de ce qui veut aller plus vite que la bouche pour écrire : « Un poème bien vivant se replie d’un coup sec comme un canif de poche bien huilé, une portière de Rolls, une carabine. Ça fait le claquement sec d’un petit aimant qui s’applique sur un mur de métal. » Si, du titre d’un très bel essai de Michel Gauthier sur Cadiot, le poème de Cadiot répond d’un facteur vitesse, le facteur vitesse devient ici avec joie le facteur Cheval de la Littérature. Car tout, sans privilège, doit y passer pour réanimer l’écriture dans le livre : Cadiot fait d’abord un Livre et ensuite il se jette dedans comme Robinson dans son île. Robinson fait flèche de tout bois.

À ce titre, l’essai qui n’arrive toujours pas à en être un et n’en exprime d’ailleurs nullement le désir ne cesse de se donner comme la méthode du livre qui doit revenir, de l’écriture qui doit déferler, de l’éclair qui, par sa vitesse, redonnera la Littérature à elle-même au point qu’elle aura dépassé comme un bolide toute négativité. Cadiot est un peu Rilke dans les lettres à un jeune poète mais c’est Rilke qui aurait les traits d’Ayrton Senna : Lettres à un jeune pilote serait le sous-titre de cette histoire qui veut inciter ceux qui n’écrivent pas à écrire, qui veut inviter ceux qui parlent à écrire, qui veut placer la vie, la vitesse au cœur de tout ce qui serait sur le point de défaillir car, comme il le dit, « on devrait introduire un moteur quelque part. » Cadiot prend de vitesse tout le monde, il va plus vite que le contemporain lui-même, il est plus rapide que le post-moderne, plus prompt que la modernité, plus célère que le baroque : il faut être absolument véloce, ne cesse de clamer ici Cadiot à qui veut l’entendre. Tout est décidément bon pour retrouver une forme, ce qui irait vite, avec toujours plus de célérité dans le sens et au-delà du signifiant comme si une large part de cette Histoire cherchait à faire histoire, donner histoire, livrer histoire, à savoir tentait de faire récit pour redonner pièce à la Littérature.

Et, comme toujours chez Cadiot, on écrit parce qu’on est en quête de récit : la Littérature consisterait avant tout en ses carcasses de récit comme si écrire, c’était croiser, hagard et toujours en dépit de soi et de sa parole propre, des morphologies de conte. Cadiot n’est pas un formaliste russe mais, de manière joueuse et véhémente, un formaliste rustre, qui rudoie avec une force comique rare les idées de la Littérature pour en faire, coûte que coûte, un récit, un conte, un roman – où Francis Ponge devient, malgré lui, celui qui sait « retarder l’illumination – comme se l’impose un hardeur professionnel. » Mais, ici, plus que de vitesse, sans doute Cadiot se met-il en quête du trou d’ombre de toute littérature, de sa vibrance antique et liminaire : celle de l’énergie, l’energia rhétorique nue au risque assumé de la confusion, de l’enthousiasme, de la contingence qui dépasse toute parole : l’écriture.

En définitive, on l’aura compris sans peine : il faut absolument lire Histoire de la littérature récente, tome I de Cadiot afin, en premier lieu, de voir se dessiner un nouveau récit critique au cœur du roman de la littérature que Cadiot élabore depuis bientôt une trentaine d’années mais aussi pour prendre la mesure toute intense de notre époque qui fait question d’elle-même, souvent jetée à tort dans le désarroi critique de soi. Art poétique majeur du temps présent à ranger sans attendre aux côtés des puissants Un Peuple de Stéphane Bouquet et Les Années 10 de Nathalie Quintane, Histoire de la littérature récente, tome I permet enfin d’apercevoir combien dans l’époque l’écriture peut se recommencer, depuis le néant du temps, d’un trait et d’une force seule que porterait cette formule à laquelle Cadiot conduit avec bonheur et évidence : au milieu de tous les désastres, la littérature est une décision.

Olivier Cadiot, Histoire de la littérature récente, tome I, P.O.L., 2016, 192 p., 11 € — Lire un extrait

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