Le journal d’un cinéphile (1)

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Régulièrement, nous retrouverons les réactions à chaud, commentaires et emportements (positifs comme négatifs) de Jérémy Sibony, critique ciné pour notre magazine. La vie d’un cinéphile, en fragments (presque) quotidiens. Subjectivité et passion assumées.

1Er janvier 2016

Bilan 2015 : Après d’expéditives délibérations avec moi-même, voilà ce qu’il fallait voir cette année, et notamment les 10 films de l’année :

1/ Le Fils de Saül (Laszlo Nemes)
2/ Mia Madre (Nanni Moretti )
3/ Il est difficile d’être un dieu (Alexeï Guerman)
4/ La Loi du Marché (Stephane Brizé)
5/ Birdman (Aejandro Gonzalez Inaritu)
6/ Foxcatcher (Bennet Miller)
7/ Sangue del mio sangue (Marco Bellocchio)
8/ Au delà des montagnes (Jian Zhang Ke)
9/ Taxi Teheran (Jafar Panahi)
10/ Queen and County (John Boorman)

Mais il fallait aussi voir :
A la folieL’homme irrationnelLe Pont des espionsInherent viceL’Affaire SK1L’Image manquanteDeephanAferimComme un AvionJamais de la vieLe Réveil de la forceUn pigeon, perché sur une brancheLa Isla MinimaLa tête hauteIt FollowsShaun le moutonVice-versa

Voilà, la plupart de ces films sont déjà en DVD ou jouent encore dans les salles…
PS : Vous risquez de tomber sur d’autres classements des films de l’année, veuillez ne pas en tenir compte, merci.

*

Ils font saigner les yeux, sont une insulte au cinéma, leurs dialogues résonnent comme la fraise du dentiste, le simple fait d’être resté jusqu’au bout devrait me valoir des funérailles de Viking : les pires bousaces de l’année:

1/ L’Ombre des femmes (Philippe Garrel)
2/ 21 nuits avec Patti (Les frères Larieu) (Note de la rédaction : Simona Crippa a beaucoup aimé le film, lire ici)
3/ Anti-Gang (Benjamin Rocher )
4/ A trois on y va (Jerôme Bonnel)
5/ Fast and furious 7 (James Wan)
6/ Divergente 2 (Robert Schwentke)
7/ Un Français (Diastème)
8/ Les deux amis (Louis Garrel) (Note de la rédaction : Johan Faerber a lui défendu le film, lire ici)
9/ Knight of cups (Terence Mallick)
10/ Avengers 2 (Josh Whedon)

Également au musée des horreurs : Vincent n’a pas d’écailles, les 4 Fantastiques, Mon Roi, Marguerite et Julien, Les souvenirs (*), Un + unes, Le Dernier Loup, Chronic.

* Alerte Foenkinos

laroute

3 janvier

Et comme chaque année, les même vœux cinéma :
— Que 2016 nous rende Michael Cimino (et pourquoi pas une véritable adaptation de La Route, hein ?? Transmettez…),
— Que les éditeurs de DVD se bougent un peu et nous sortent un coffret Terence Davies et les Brancaleone !
Amen

5 janvier

Il aura suffi que je souhaite le retour de Michaël Cimino pour que, quelques jours plus tard, meure Vilmos Zsigmond, le directeur photo des Portes du Paradis et Voyage au bout de l’enfer. Accessoirement, l’un des grands directeur photo des années 70, ayant œuvré dans les films majeurs de réalisateurs comme Altman, Spielberg ou Schatzberg.

Vilmos Zsigmond (1978)
Vilmos Zsigmond (1978)

7 janvier

Il y a un an, je sortais du cinéma. Dans la rue, les gens avaient le nez sur leur portable. Comme d’habitude ou presque… ils s’arrêtaient de marcher pour lire. J’ai reçu deux textos que je comprenais mal. J’ai fait comme tout le monde, j’ai tapé Charlie Hebdo…J’ai eu du mal à y croire. J’ai toujours du mal à y croire.

8 janvier

30 minutes avant la séance de 8 salopards, séance complète, public massé devant la salle et bousculade ! Pas vu ça depuis des années. Tout ça pour que dans 3h00 je sorte sur le traditionnel : « Sympa mais bon… » ma critique (presque) systématique des films du Gilbert Carpentier de la série B.

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Les 8 Salopards : sympa mais bon.

(Note de la rédaction : Finalement, Jérémy a développé dans un article, « Les huit salopards, A Gore perdu)

11 janvier

(Note de la rédaction : annonce de la mort de David Bowie)

Si on part du principe que les attentats de Janvier 2015 avaient suivi la mort de Framboisier des Musclés, je pense que là, on va prendre cher.

13 janvier

Allez hop, je gobe 5 œufs cassés dans un verre pour le petit-déj : aujourd’hui sort le dernier Rocky…

14 janvier

Alan Rickman maintenant !! Excellent acteur, aussi à l’aise dans les grands blockbusters (Robin des Bois, dont il est le seul intérêt, Harry Potter où son interprétation fut si convaincante qu’il encouragea l’auteur à donner un rôle plus important que prévu à son personnage), que dans les films indépendants : Truly, Madly, Deeply, l’excellent Galaxy Quest. On n’oubliera pas non plus l’Eamon De Valera ambigu de Michael Collins… Je n’aurais donc jamais vu ce brillant second rôle au cinéma sur les planches de la Royal Shakespeare Company où il excellait…

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18 janvier

Qu’est ce qui fait que l’on n’arrive jamais à vraiment s’extasier devant Carol de Todd Haynes ? La mise en scène est d’une grande précision, les actrices sont parfaites, le scénario intelligent. Tout en maîtrise, Haynes oublie de se lâcher et d’oser le mélodrame à la Douglas Sirk (dont je ne suis pas un grand fan pourtant). Le film donne surtout envie de revoir Loin du Paradis du même Todd Haynes. Carol reste un bel objet froid qui rappelle que le cinéma est aussi une question d’audace.

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19 janvier

ETTORE SCOLA !!!!!!

Noooon !!!

Un des derniers monstres de l’âge d’or du cinéma italien (et donc de l’âge d’or du cinéma tout court) est mort ce soir !!

(Note de la rédaction : Lire l’hommage de Jérémy, en deux parties, « Nous voulions changer le monde » – « Mais c’est le monde qui nous a changés ! »

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22 janvier

Bon, les enfants, Lundi, Arte diffusera Une Journée Particulière suivi d’Affreux, sales et méchants : deux des plus grands films d’Ettore Scola. Alors, c’est comme pour les gens qui ne vont pas voter, ça ne servira à rien de chouiner « y’a jamais rien à la télé », si vous ne prenez même pas la peine d’enregistrer ces deux merveilles (par ailleurs, à l’attention de ceux pour qui la notion de « hors champ » serait encore floue, voilà sûrement deux des des deux plus belles démonstrations qui soient).
J’envisage de dévoiler la fin de tous les autres films programmés ce soir-là.

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23 janvier

Les Chevaliers Blancs de Joachim Lafosse, une petite déception. Il y avait pourtant un grand film à faire sur ces belles âmes imbéciles qui, au nom du tiers-mondisme, ne font que reproduire une nouvelle forme de colonialisme. Vincent Lindon est, comme toujours, impressionnant, ni salaud, ni héros, juste un de ces hommes qui pensent détenir la vérité absolue sur la misère du monde. Hélas, Louise Bourgoin est une nouvelle fois transparente, le rôle de Reda Kateb, comme tous les seconds rôles du film, à peine esquissé et surtout la mise en scène « caméra à l’épaule » totalement hors sujet. Quelques bonnes idées, de belles scènes et donc Vincent Lindon laissent imaginer ce que le film aurait dû être. Au final : revoir Y a bon les blancs de Marco Ferreri… (cinéma italien toujours, oui).

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