Depuis Les choses, prix Renaudot 1965, on doit à Georges Perec dix-sept ans de production littéraire brillante et extrêmement originale, jusqu’à sa mort, en 1982. Cette magnifique originalité a connu son apogée en 1969 avec la publication, entre autres, du célèbre roman La disparition, puis, en 1971, des Revenentes. Cependant les amis et admirateurs de Perec ont permis une certaine continuité, puisque nombre de ses ouvrages ont été l’objet d’une publication posthume. Ainsi en 2012 parut Le condotierre, dont le manuscrit avait été égaré par Perec en 1966. De la même manière fut imprimée, en 1991, et rééditée en 2003, une véritable perle encore trop méconnue, Cantatrix Sopranica L. et autres écrits scientifiques, par le biais de la fidélité en amitié de Marcel Bénabou, professeur émérite d’histoire romaine à l’Université Paris VII, et, surtout, comme il se définit lui-même « secrétaire provisoirement définitif » de l’OuLiPo.

Nous avons lu Perec au fil des ans, de 1965 (Les Choses) à 1978 (La Vie mode d’emploi). Puis nous l’avons relu et, plus souvent, nous avons découvert certains recoins de son œuvre. Quelle merveille que Le Voyage d’hiver qui me fut donné à lire récemment ! L’imitant, seul ou entre amis, nous avons aussi versé dans le jeu des Je me souviens ou bien encore nous sommes essayés aux mots croisés inventés par l’écrivain, sans aboutir jamais. Bref, Georges Perec nous a toujours amusés, captivés, envahis, ravis. Et voilà que l’ensemble de son œuvre littéraire paraît en Pléiade en deux forts volumes accompagnés d’un riche Album retraçant, photos et documents à l’appui, une vie et une carrière en zigzag. Une entrée solennelle en littérature.

mots-croises

1 – Mots qui ne sont pas de pure race
2 – Groupe américain auteur de « We Are Young » et « Some Nights »
3 – Il ne quitte jamais sa chemise de nuit jaune
4 – Détective à la mâchoire carrée
5 – Jeu favori de la Sphinge
6 – Acteur qui vendait bien
7 – Auteur qui savait tayloriser
8 – La petite fille de Quino
9 – Auteur dont on peut retourner le nom comme une crêpe
10 – Ses feux évitent d’éblouir ceux qui arrivent en face

(Solution dans l’article)

Jean Ricardou
Jean Ricardou

« Le roman n’est désormais plus l’écriture d’une aventure mais l’aventure d’une écriture » écrivait en 1963 l’encore inconnu Jean Ricardou à propos d’un roman de Claude Ollier dans une formule réversible et éclatante de justesse qui, par sa force intrusive à venir dire l’époque, s’est imposée au fil du temps comme un citation presque sans homme, une phrase vidée de tout auteur qui, plus que de synthétiser un geste d’écrire, vient à le révéler, vient à le soulever, vient à créer ce qui allait bouleverser du 20e siècle tout récit : le Nouveau Roman. Car il ne serait pas faux de dire qu’en ce jour où Jean Ricardou nous a quittés que le critique est le père du Nouveau Roman, qu’il est l’homme qui, sans doute davantage qu’Alain Robbe-Grillet et Jérôme Lindon, a su donner du Nouveau Roman son image, a su, depuis ce 1963 de naissance, faire apercevoir la phrase par où le texte deviendra la maxime et l’impératif catégorique des hommes d’alors : a su créer le Nouveau Roman. Comme si Jean Ricardou était, à lui seul, depuis cette mort qui aujourd’hui le vient frapper, l’unique Nouveau Romancier de l’histoire du 20e siècle, son aventurier le plus déraisonnable et le plus accompli, l’homme qui disparaît derrière le texte, qui devient le texte et sa critique jusqu’à une mort sans retour.

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Après «Trahir» et «Écrire petit», la troisième proposition offerte à la réflexion et à la rêverie des plasticiens et auteurs de la revue de « Littérature & appels d’air » La moitié du fourbi, parue en ce début de printemps 2016, est « Visage ». Rien de plus contradictoire, de plus oxymorique pourrait-on dire, qu’un visage. Abyssale surface, intimité ouverte, infiniment vulnérable et exposé, il est invitation à la violence et injonction de ne pas tuer (l’expérience du visage chez Levinas), il est corps et hors corps. Parler du visage, c’est parler vérité du masque, s’immerger dans un présent hors temps, plonger au cœur de l’humain –pour croiser le regard des dieux, et parmi les vivants, pour y saluer les morts.