Avec Demain s’annonce plus calme, Eduardo Berti nous propose de visiter un pays imaginaire dans lequel les gens vivent leurs relations avec les œuvres de manière totalement décomplexée, débarrassée des normes et des interdits qui gèrent, dans notre monde, les rapports avec elles. Le texte se présente de manière fragmentaire en collectant des nouvelles parues dans la presse locale. Ces brèves en viennent à se répondre, à organiser un récit par-delà leur discontinuité et à nous offrir une image kaléidoscopique de cet univers fantaisiste et étrange.

Au début de ce printemps, une amie qui vit dans une ville située sur un autre continent m’a envoyé l’enregistrement d’une remarquable lecture de poésie. Le thème de la soirée était « poésie et protestation ». Assez rapidement au cours de l’événement, un différend éclate : La poésie est-elle une forme efficace de protestation ou non ? Et le cas échéant, les personnes présentes à la lecture ne devraient-elles pas simplement partir, sortir et rejoindre les manifestations qui ont lieu dans la ville et sa périphérie au moment même de la lecture ? On échange des paroles et il y a, je crois — l’enregistrement est chaotique, les gens parlent en même temps les uns des autres, c’est difficile à entendre — un vote. C’est tendu mais la lecture continue.