Paru ce printemps aux éditions Grasset, La Littérature sans idéal, nouvel et stimulant essai du romancier Philippe Vilain, s’impose déjà comme un ardent foyer de polémiques tant, par ses vives réflexions, il vient à questionner le cœur nu de la littérature contemporaine. Relecture intransigeante du paysage actuel égaré entre mercantilisme et impossible aveu de sa puissance à faire style, l’analyse de Vilain, portée par une prose à l’exigence moraliste qui a fait la vertu neuve de ses récits, ne manque pas de susciter des débats féconds sur lesquels Diacritik a voulu revenir avec lui le temps d’un grand entretien.

Chantal Ackerman
Chantal Ackerman

Dans les dernières images traversées d’obscurité de La Captive, sans doute l’un de ses plus beaux films, pareil à un cristal de douleur, Chantal Akerman laisse l’écran vide, le fait se perdre hagard dans la solitude d’une nuit sans trêve, de celle qui vient à la jeune Ariane, l’Albertine dont Simon perd le fil, qui se jette, elle de sa toute sa solitude, dans une mer d’encre noire où de son nom ne résonnent plus que les vagues qui l’emportent. Sans doute cette nuit, aussi soudaine qu’ample de détresse, est-elle venue aujourd’hui à Chantal Akerman dans une explication qu’aucune explication ne saurait résumer comme le départ d’Ariane, toujours entre la disparition suspendue et la mort sans trêve, dans le terme révoqué et désormais à jamais provisoire d’une œuvre parmi les plus exigeantes et les plus accomplies du cinéma français, elle qui l’a toujours fait osciller entre intime cinéphilie et expérience de soi, absolue et sans répit, jusqu’à la destruction, jusqu’au cinéma, jusqu’au noir de l’image, jusqu’au suicide.