Orwell & Churchill

Thomas Edwin Ricks est une figure du journalisme américain. Spécialiste des questions de sécurité et du domaine militaire, il a été récompensé, par deux fois, par le prix Pulitzer pour ses reportages, en 2000 pour le Wall Street Journal et, en 2002, pour le Washington Post. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Fiasco: The American Military Adventures in Iraq (2006) et The Gamble: General David Petraeus and the American Military Adventure in Iraq, 2006-2008 (2009), qui ont été deux immenses succès de librairie et qui ont montré comment l’administration Bush et l’armée américaine se sont fourvoyées en Irak. Thomas E. Ricks travaille désormais en journaliste indépendant et collabore régulièrement au New York Times, au Washington Post, au New Yorker, à la BBC, à Sky News, au Guardian et fait partie de la rédaction du magazine Foreign Policy.
Comment un journaliste spécialiste des affaires militaires a-t-il pu s’intéresser à deux monuments, l’un politique, l’autre littéraire ? Et comment diable Thomas Ricks s’y est-il pris pour unir ces deux personnalités de l’histoire du vingtième siècle au Royaume-Uni ?

Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.
Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.

La plage n’est certainement pas le premier lieu auquel on associerait spontanément Churchill et Chaplin. C’est pourtant sur le sable que les deux hommes se plaisaient à cheminer côte à côte pour converser, comparer, échanger leurs impressions quant à leurs projets et leur mal-être. Plutôt leur mal-être et leurs projets… Que tout ceci soit ou non véridique importe peu. Maniant habilement les outils de la vraisemblance historique, documentaire et narrative, Michael Kölmeiher nous invite à suivre les vacillements et rebondissements de ces deux grands hommes. Que pouvaient avoir en commun Winston Churchill et Charlie Chaplin ?

L’Histoire commence un lundi comme les autres, alors que Berlin « remue derrière son écran de brouillard ». Mais ce lundi 20 février 1933 « ne fut pas une date comme les autres » : au bord de la Spree, « vingt-quatre costumes trois pièces » se réunissent secrètement dans un salon feutré du Reichstag. Ils sont le « nirvana de l’industrie et de la finance » qui va lever des fonds pour le parti national socialiste, premier rouage d’une mécanique inexorable dont nous connaissons les conséquences.
Eric Vuillard dans son « récit », puisque tel est le genre revendiqué du livre, revient sur cette date et d’autres tout aussi insignifiantes en apparence, tombées dans l’oubli, pour nommer ceux qui firent l’Histoire et « saisir le fond d’éternité » de ces moments qui, dans leur apparente banalité, sont les actes fondateurs d’un système. Les raconter c’est les remettre à L’Ordre du jour, puisque « la littérature permet tout, dit-on ».

Le fait divers qui sert de point nodal au sixième épisode de la série documentaire d’Arte pourrait avoir échappé à nos mémoires collectives : au printemps 1924, à Hanovre, les ossements de jeunes hommes sont découverts dans la Leine. Un homme est rapidement arrêté, il s’agit d’un brocanteur, Fritz Haarmann, homosexuel, accusé d’avoir assassiné ses amants. La presse lui forge une épithète, « le vampire », « le boucher », opération qui est le signe onomastique d’une affaire destinée à entrer dans les annales du crime.

Godard, Notre musique

« Montrer trois triangles et dire qu’on est passé d’Euclide à l’Étoile de David (qui précédait Euclide du reste), c’est une pensée. Une pensée mise avec une autre pensée, dans un autre contexte, permet de porter un jugement, et de ne pas dire seulement « quel malheur », ou que sais-je… On peut approuver Madame Simone Veil quand elle dit, bien tard, que lorsqu’ils sont rentrés des camps de concentration, ils s’ennuyaient. C’est la vérité. Mais il a fallu cinquante ans pour qu’elle puisse le dire. Et après, on peut se demander, si on a l’esprit mal tourné comme moi : « Que faisiez-vous aux côtés de Maurice Papon dans le gouvernement de Giscard d’Estaing ? » C’est une question d’historien. Je ne peux pas lui en vouloir de ça. Moi-même, petit garçon, pendant la guerre, dans la famille, je notais sur une carte avec des petits drapeaux l’avance de l’armée allemande en Ukraine. Quand elle reculait, j’étais aussi malheureux que quand mon équipe de football était battue. Je ne connaissais rien, et après personne ne m’a dit. Je voyais ça comme des combats de chevaliers. »

L’Histoire commence un lundi comme les autres, alors que Berlin « remue derrière son écran de brouillard ». Mais ce lundi 20 février 1933 « ne fut pas une date comme les autres » : au bord de la Spree, « vingt-quatre costumes trois pièces » se réunissent secrètement dans un salon feutré du Reichstag. Ils sont le « nirvana de l’industrie et de la finance » qui va lever des fonds pour le parti national socialiste, premier rouage d’une mécanique inexorable dont nous connaissons les conséquences.
Eric Vuillard dans son « récit », puisque tel est le genre revendiqué du livre, revient sur cette date et d’autres tout aussi insignifiantes en apparence, tombées dans l’oubli, pour nommer ceux qui firent l’Histoire et « saisir le fond d’éternité » de ces moments qui, dans leur apparente banalité, sont les actes fondateurs d’un système. Les raconter c’est les remettre à L’Ordre du jour, puisque « la littérature permet tout, dit-on ».

Pier Paolo Pasolini

Un jour, il y a des années maintenant, j’ai lu une phrase stupéfiante. Cette phrase figurait dans un livre de philosophie. À l’époque, encore lycéen, je n’étais pas sûr de toujours bien saisir ce qui était écrit dans ce genre d’ouvrages. Mais lire était en soi un événement. Je sentais que quelque chose s’accordait à mon être en le désaccordant du monde que par ailleurs il subissait. Je lisais pour m’alléger. Je lisais comme on dévale une pente.

Je m’aperçois aujourd’hui que mon acte de lecture ressemblait, en son ordre, à celui de Mouchette, cette gamine au destin bouleversant filmée par Bresson.

Moi, moi, moi… et les autres – Alessandro Blasetti, 1966

Au premier abord, on croit avoir déjà vu quantité de films comme celui-là : une comédie italienne des années 1960, enchainant les sketchs forcément inégaux sur un thème central – ici l’égoïsme – propice à la satire morale et sociale, avec tout le cortège des stars transalpines de l’époque (Gina Lollobrigida, Silvana Mangano, Vittorio De Sica, Marcello Mastroianni…). Si on y ajoute un titre à rallonge qui tire vers la bouffonnerie, on obtient un film comme il y en a eu tant, tout un genre en soi un peu daté et passé de mode. Sauf qu’Alessandro Blasetti (1900 – 1987), son auteur, n’est pas n’importe qui.

Otto Dix ou le regard impitoyable

Otto Dix (1891-1969) a peint mendiants et prostituées, soldats massacrés et paysages torturés, le sexe et des corps crus, les perversions et désastres de son temps. Il a brisé tabous et convenances dans la représentation pour mettre à jour les failles d’une société allemande profondément bouleversée par la Première Guerre mondiale, les blessures à vif et ces inégalités criantes — criardes sur ses toiles — qui ont été le germe et le terreau du nazisme.
Arte diffuse le dimanche 5 mars un documentaire de Nicola Graef, Otto Dix ou le regard impitoyable, soit un double portrait, celui d’un artiste, celui du monde dans lequel il évolue et qu’il peint sans aucune concession.

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Prenez trois personnages, Moshe, Nana et Anjali. Un garçon, deux filles, trois possibilités. Celle du « ménage à trois » en particulier. C’est la trame, éculée (volontairement, essentiellement éculée), de Politique, le premier roman d’Adam Thirlwell, écrivain anglais, né à Londres en 1978, classé dans la liste des vingt meilleurs jeunes romanciers britanniques par la prestigieuse revue Granta, en 2003, pour ce livre.

Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.
Winston Churchill et Charlie Chaplin, le 19 septembre 1931, à Londres.

La plage n’est certainement pas le premier lieu auquel on associerait spontanément Churchill et Chaplin. C’est pourtant sur le sable que les deux hommes se plaisaient à cheminer côte à côte pour converser, comparer, échanger leurs impressions quant à leurs projets et leur mal-être. Plutôt leur mal-être et leurs projets…
Que tout ceci soit ou non véridique importe peu. Maniant habilement les outils de la vraisemblance historique, documentaire et narrative, Michael Kölmeiher nous invite à suivre les vacillements et rebondissements de ces deux grands hommes.
Que pouvaient avoir en commun Winston Churchill et Charlie Chaplin ?

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Fassbinder – La mort en fanfare, n’est pas une cathédrale mais un squat. Il s’agirait de faire effraction, détruire et recomposer, composer et détruire, les deux indissociables : « On s’est introduit d’abord par effraction, la nuit, en forçant une porte de derrière (…), on a cassé des murs, fermé des fenêtres pour en ouvrir de nouvelles, creusé une cave pour y faire tourner un casino clandestin, tracé des signes au-dessus des portes ».