Il ne s’agit pas là « d’entrer dans l’arène des interminables arguties concernant l’adhésion du philosophe à l’idéologie nazie » dit Georges Didi-Huberman dans ce nouvel essai pour parler de l’auteur d’Être et Temps, de « L’origine de l’œuvre d’art » et de son voyage en Grèce en 1962. Essai qu’il n’a pas intitulé « l’oubli de l’être » mais L’éboulis.

29 mars 2026. Opposant plus que jamais mélancolie à nostalgie, je résiste à la tentation de déposer les outils – ceux de l’écriture, qui donnent voie aux sons et voix aux graphismes –, ruminant intérieurement cette question : comment ne pas traverser ce qui me reste à vivre (mettons la durée d’une enfance, ce qui ne serait pas si mal) dans un jetlag permanent ? Aujourd’hui, c’est l’heure d’été, il faut un peu de temps pour s’y accoutumer.

Georges Didi-Huberman publiait, le 2 octobre dernier, un essai intitulé « Les Anges de l’Histoire », avec au centre de ce texte le tableau de Paul Klee, Angelus Novus… et son commentaire par Walter Benjamin dans la thèse IX de son essai « Sur le concept d’histoire » – où il dit de l’ange de Klee qu’il a l’aspect que doit avoir nécessairement l’ange de l’Histoire, avec ses yeux écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées…

15 novembre 2025. Tenir un journal de lecture, ce n’est pas seulement consigner au jour le jour des notations sur ce qui arrive, c’est aussi se souvenir – se remémorer ce qui a tendance à fuir, à s’évaporer, à se laisser recouvrir. Alors que m’apprête à passer la journée en compagnie de deux de ses livres (déjà en partie traversés les semaines passées), je tente de me souvenir de la première fois que j’ai lu avec attention un livre de Georges Didi-Huberman, non en exégète plus ou moins spécialisé, mais en flâneur du Terrain vague : quelqu’un qui cultive ses lacunes, comme on le fait d’un jardin.

1.

Avec cette lumière grise, ce vent froid et humide et ces longues réparations qui ne nous réconcilient pas avec le corps, recevoir un livre inattendu peut apporter quelque viatique susceptible d’insuffler l’énergie suffisante, non pour tourner la page (s’évader en toute discrétion), mais pour tourner les pages (de livres qui ne font pas de bruit). Retrouvant une forme de concentration, le lecteur oublie de compter le temps, même quand une pulsation régulière aux maracas se fait entendre sur de petites enceintes réglées à faible volume.

Indispensable pour penser notre contemporain et en saisir, de manière neuve, les aspirations à l’intensité : tel est le constat qui vient à la lecture de ce nouveau numéro intitulé Turbulences de la Revue de Socio-anthropologie dirigé avec force par Pauline Hachette et Romain Huët. En accès gratuit, ce numéro qui rassemble notamment des textes inédits de Georges Didi-Huberman, de Cédric Mong-Hy ou encore un entretien avec Tristan Garcia, permet de penser à nouveaux frais les quêtes d’intensité innervant notre société.