Cela vous arrive sans doute aussi : vous venez d’achever la lecture d’un livre, en entamez un autre et deux paragraphes entrent en écho. Ma dernière expérience de ce type, sujet d’un nouveau transport en commun, est liée à Jusqu’à ce que mort s’ensuive, exceptionnel roman d’Olivier Rolin (Gallimard) qui interroge la forme d’une ville, le Paris des barricades arasé par le baron Haussmann, lu juste avant Circulez La ville sous surveillance de Thomas Jusquiame (Marchialy) qui interroge les origines d’un contrôle des populations urbaines et passe par Haussmann. Tous deux citent le préfet de Paris, tous deux lui donnent Walter Benjamin comme contrepoint.

Une ville n’est plus un lieu à habiter mais à aménager : tel pourrait être le constat sans appel sous lequel placer le livre de Thomas Jusquiame, Circulez. La ville sous surveillance, qui vient de paraître aux éditions Marchialy. Circulez est le fruit d’une enquête en immersion chez un opérateur de logiciels de surveillance comme d’un travail sur le terrain et de rencontres avec des acteurs du secteur. Le tableau que le journaliste brosse de nos smart cities a tout d’un mauvais scénario dystopique sauf qu’il s’agit bien de notre présent : nous sommes sous surveillance et tout dans l’aménagement urbanistique est fait pour contrôler les flux de population et les contrôler.

Deux sœurs ont été retrouvées noyées dans un étang. On raconte qu’elles se tenaient encore par la main, qu’elles portaient leurs tenues blanches de communiantes. Leur mort, en 1978, hante moins les mémoires que les lieux. Elles apparaissent encore aux résidents d’un Ehpad de Varin-le-Haut, un petit village de la Marne. Le fait divers, « coriace », tient en trois lignes, cependant assez denses et mates pour fasciner Manon Gauthier-Faure, spécialiste des Pièces manquantes, titre de son précédent livre aux éditions Marchialy.

« Ce sont des personnes invisibles qui deviennent visibles », explique Nora, coordinatrice du Lotus Bus, en parlant des travailleuses du sexe chinoises qui portent plainte contre leurs agresseurs. C’est dans cette mission de dévoilement que s’inscrit le premier livre de Rémi Yang, Roses d’acier : dévoilement de la réalité des femmes pour qui « les arbres [du boulevard] offrent un semblant de camouflage », dévoilement de la violence derrière ce métier « générateur de fantasmes », dévoilement de « la femme qui a rêvé de Paris et de ses monuments » derrière Meigui, présidente autoritaire des Roses d’acier. Plus qu’une chronique, Roses d’acier (sous-titré Chronique d’un collectif de travailleuses du sexe chinoises) est le récit d’une enquête sociale et herméneutique, fruit d’un déchiffrement du visible permis par la posture intermédiaire du journaliste sino-français.

La première édition du festival Plumes de presse, dont Diacritik est partenaire, aura lieu jeudi 11 mai prochain, à Montpellier. Organisée par Marie-Eve Thérenty en amont de La Comédie du Livre, cette manifestation sera consacrée aux liens, aussi complexes que féconds, de la littérature et du journalisme et au riche continent de la non fiction. Si cette dernière a pu sembler, depuis des décennies, l’apanage de grandes plumes américaines, elle s’installe en France, en témoignent des maisons d’édition dont le catalogue explore ce type d’écriture et de rapport au réel, des prix littéraires attribués à des enquêteurs ainsi que la passionnante production d’écrivains/journalistes. La journée sera rythmée par des rencontres, tables-rondes, signatures et activités ludiques. En voici le programme :

Les bonnes surprises, c’est un peu comme un recommandé des impôts, ça vous tombe dessus au moment où vous vous y attendez le moins. Oubliez les maisons aux dragons et les anneaux de pouvoir, la rentrée série se lève à l’Est avec Tokyo Vice, mini-série immersive et noire signée Josef Wladyka, Hikari, Michael Mann (!) et Alan Poul. Adaptée du livre éponyme de Jake Adelstein, Tokyo Vice est filmé à hauteur de Gaijin, avec une précision et une âpreté qui vous happe dès les premières secondes.