Je suis une fille sans histoire : le titre du dernier livre d’Alice Zeniter est un slogan, et on lui espère le même destin que le « on ne naît pas femme, on le devient » de Beauvoir. La volonté de changer les cadres est, à quelques décennies d’écart, la même : déconstruire la représentation que nous assignent culture et société (ce devenir tout tracé qui est carcan) et, chez Zeniter, prendre à bras le corps le récit et la langue pour déranger les places (ou l’absence de place) qu’ils imposent à des catégories invisibilisées, dans et par le discours. Je suis une fille sans histoire, donc, exclue des histoires littéraires comme des grands récits, je suis une fille qui a pourtant une histoire, peut et sait l’écrire, et revendique de la faire entendre.

A l’occasion des représentations d’Eric von Stroheim au théâtre du Rond-Point, dans une mise en scène de Stanislas Nordey, rencontre avec le dramaturge et cinéaste Christophe Pellet pour un entretien où il est question, bien sûr, de théâtre et de cinéma, mais aussi du désir, de politique, de Bachelard, de l’image, de transgenre, des acteurs, de sexualité, de Racine et de fétichisme ou de l’importance d’inventer de nouveaux moyens de diffusion.

Dans Aphrodisia, le dernier texte publié du cinéaste et dramaturge Christophe Pellet, le théâtre est le lieu par lequel des logiques autres se déploient – logiques du corps, de la parole, de la pensée en rupture avec celles par lesquelles nous sommes investis d’habitude. Le théâtre est un rapport de forces, l’émergence de forces qui résistent mais aussi créent leur propre dynamique, leurs propres évasion et invention.