Balzac l’écrivait dans Illusions perdues : « il y a deux Histoires ; l’Histoire officielle, menteuse qu’on enseigne, l’Histoire ad usum delphini ; puis l’Histoire secrète où sont les véritables causes des événements, une Histoire honteuse ».
C’est évidemment la seconde qui intéresse Clara et Julia Kuperberg dans un documentaire passionnant diffusé ce dimanche 12 mars à 23 h 05 sur Arte : Ronald Reagan, un président sur mesure, inspiré du livre du journaliste Dan E. Moldea, Dark History: Ronald Reagan, MCA and the Mob, qui, dès 1986, révélait le rapport étroit entre la mafia et l’ancien acteur devenu le 40° président des États-Unis. Ce sont ces liens que le documentaire explore à son tour, à travers des images d’archives et des témoignages, en particulier de Dan E. Moldea et de James Ellroy qui déclare en guise d’ouverture tonitruante au film : « Personne ne sait vraiment qui était Ronald Reagan, c’est une des raisons pour lesquelles je l’aime tant »…

John Berger
John Berger

John Berger, né à Londres en 1926, mort le 2 janvier 2017, vivait en France depuis des dizaines d’années, en Haute-Savoie. Peintre, écrivain, critique d’art, scénariste, il nous a offert une œuvre exigeante, engagée, un travail sur les mutations du monde, les exils, entre étude sociétale et imaginaire, mêlant les genres, travaillant la richesse de leur caractère hybride. Lauréat du Booker Prize en 1972, il fit scandale en reversant publiquement aux Black Panthers la moitié de la somme reçue. La littérature, et plus généralement l’art, il les concevait comme résistance au système et engagement, dans la permanence et l’exigence d’une recherche tant formelle que politique.

Javier Cercas

En 2015, l’écrivain espagnol Javier Cercas est invité à tenir un cycle de conférences en littérature comparée à l’Université d’Oxford, succédant ainsi à George Steiner, Mario Vargas Llosa et Umberto Eco. Son sujet sera le roman, en tant qu’écrivain et critique, deux activités dont Cercas souligne la parenté en introduction de son essai, réécriture et prolongement des cinq conférences tenues en anglais : « tout bon écrivain est, qu’il le sache ou non, un bon critique » et « tout bon critique est un bon écrivain ». Son sujet sera le roman ou, plus précisément, Le Point aveugle du roman, ce centre irradiant et obscur, d’autant plus signifiant qu’il échappe à toute résolution, ce lieu ambigu, paradoxal et oxymorique, travaillé de tensions qui irradient dans l’ensemble du récit. Parallèlement à cet essai, les éditions Actes Sud publient le premier roman de Javier Cercas, Le Mobile.

Ben Lerner
Ben Lerner

En 2014, les lecteurs français découvraient Ben Lerner à travers son premier roman, Au départ d’Atocha (publié en 2011 aux USA). Lui-même se considérait pourtant moins comme un primo-romancier que comme un poète, entretenant un rapport contrasté à une forme narrative qu’il considère toujours, alors que vient de paraître 10:04, son second roman, comme un « cadre » labile et polyphonique propre à mettre en perspective les rapports de la fiction et de la non-fiction, de la poésie et de la prose, d’un «je» à la fois exposé et mis à distance. Unanimement célébré aujourd’hui pour la radicalité et la singularité de son univers littéraire, Ben Lerner a récemment fait deux passages à Paris, au festival America en septembre puis à Paris en octobre, l’occasion de le rencontrer et de poursuivre un dialogue entamé dès 2014 et la découverte d’une voix majeure de la littérature mondiale.

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Il est des titres qui sont, déjà, des romans. La seule fin heureuse pour une histoire d’amour, c’est un accident est de ceux-là, programme et creuset d’un récit sidérant, prolongé au chapitre II, sous forme de révélation onirique : « Un jour tu comprendras que la seule fin heureuse possible pour une histoire d’amour, c’est un accident sans survivants. Oui, Shunsuke, ma tête de pioche, mon petit fugu débile : un accident sans survivants ».

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La 8ème édition du Festival America aura lieu, à Vincennes, du 8 au 11 septembre prochain, rendez-vous incontournable pour les amateurs de littératures américaines. Diacritik est associé à plusieurs de ces rencontres et vous propose, durant l’été, de revenir sur quelques-uns des auteurs invités.
Aujourd’hui, Ben Lerner, né au Kansas en 1979, dont les lecteurs français ont pu découvrir Au départ d’Atocha, son premier roman, en 2014, aux éditions de l’Olivier. Son second roman, 10:04, paraît le 25 août prochain. Les deux ont été traduits par Jakuta Alikavazovic.

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De l’inquiétude

Je suis d’un naturel inquiet. Dans mon premier roman, Paris s’émiette et fond sous une pluie corrosive. Dans mon deuxième roman une jeune femme disparaît comme si ce n’était rien, comme si c’était facile et évident de disparaître, comme si au fond c’était la permanence, le scandale – et non les ruptures qui nous dévient de nous-mêmes. Dans le troisième, des œuvres d’art se dégradent, se transforment : des images bien aimées, à titre privé ou collectif, deviennent irregardables. Quant au quatrième roman, celui que je suis en train d’écrire, mieux vaut ne pas en parler.

Capture d’écran 2015-09-28 à 08.27.19L’usage de la photo d’Annie Ernaux et Marc Marie est de ces livres qui mêlent textes et photographies et dont les images ne sont pas conçues comme des illustrations mais comme un texte à part entière, créant une tension, un écart parfois, une polyphonie à coup sûr. Parmi ces « photos romans », dans le désordre, pensons à Nadja — et aux « impératifs anti-littéraires » auquel obéit André Breton, ayant pour objet « d’éliminer toute description — celle-ci frappée d’inanité dans le Manifeste du surréalisme » — Sebald, évidemment, Robbe-Grillet, les « phototextes » de Sylvia Gracia dans Le Livre des visages, James Agee, Barthes, Ben Lerner, Laird Hunt, Sophie Calle, etc.