« Beau doublé, monsieur le marquis », octobre 2017, C. Marcandier

« Beau doublé » que celui qui s’expose dans le Musée de la Chasse et de la Nature : Sophie Calle et son invitée Serena Carone croisent leurs regards et investissent l’espace du musée, ses étages et pièces, les vitrines d’armes à feu et autres trophées. Ainsi, aux côtés de félins et autres animaux naturalisés, (re)découvre-t-on la girafe fétiche de Sophie Calle, ses propres animaux empaillés ou son chat raidi, tué par un de ses amants.

Copyright Les Films du Losange

C’est devenu un lieu commun, mais un grand cinéaste se mesure autant à ses chefs d’œuvres qu’à ses films moins réussis. Michael Haneke venant de réaliser  coup sur coup deux très grands films, Le Ruban blanc et Amour, pour autant de palmes d’or, le retour à l’ordinaire était inévitable, l’ordinaire étant chez le sémillant autrichien tout à fait relatif. 

Le Musée archéologique de Naples a inauguré la semaine dernière une exposition intitulée Amours divins (Amori divini) qui aura cours jusqu’au 16 octobre 2017.
Du riche trésor pompéien jusqu’au répertoire de l’époque moderne, les commissaires proposent un parcours consacré au double motif de la rencontre amoureuse entre les hommes et les dieux et des multiples métamorphoses qui se produisent au confluent de ces deux mondes antagonistes.

The Psychotic Monks © Jean-Philippe Cazier
Après deux EP déjà remarqués, les Psychotic Monks proposeront ce 21 avril leur premier album Silence Slowly and Madly Shines. S’il avait un équivalent visuel, cet album couvrirait une étendue allant d’une gravure de William Blake au visage d’Iggy Pop, période Stooges. Marqué par une ambiance évocatrice du romantisme anglais comme du rock garage, les morceaux font se télescoper les Pink Floyd et le Velvet Underground, Nick Cave et la temporalité étendue de Mahler. Rempli d’énergie, de chaos autant que d’un silence suspendu à quelques accords presque arrêtés, le disque s’immerge dans un monde qui est un voyage rêveur, sombre et lumineux, à travers des intensités multiples et toujours fortes, du quasi chuchotement au cri. Loin de n’être qu’une compilation de références, Silence Slowly and Madly Shines se présente comme une expérience musicale à l’alchimie inventive et réussie. C’est dans cette synthèse que les quatre membres du groupe se sont lancés tête la première, de manière radicale, sans concessions ni effets faciles. Rencontre et entretien où il est question autant de rock que de poésie, d’Alien que d’Emily Dickinson, d’électronique, de composition, de chant grégorien que de Wenders ou d’Edgar Poe.
Entretien

Jacques Derrida (DR)

L’histoire du concept de déconstruction – en philosophie et au-delà de la philosophie – est longue et complexe. Mais c’est ici au sens spécifique donné à ce mot par le philosophe français Jacques Derrida que je veux exclusivement référer afin de réhabiliter l’ampleur et la subtilité de ce geste aujourd’hui souvent décrié, essentiellement d’ailleurs par ceux qui ne le connaissent pas. L’amour, qui traverse cette démarche de part en part, semble-t-il, inquiète. Et parce que Derrida a toujours pensé et écrit dans une chronologie décalée, c’est maintenant plus que jamais, alors que notre temps radicalisé est comme allergique à toute forme de subtilité et de nuance, qu’il faut le lire et l’affronter.

 

Christophe Pellet par Marc Castro
Christophe Pellet par Marc Castro

Dans Aphrodisia, le dernier texte publié du cinéaste et dramaturge Christophe Pellet, le théâtre est le lieu par lequel des logiques autres se déploient – logiques du corps, de la parole, de la pensée en rupture avec celles par lesquelles nous sommes investis d’habitude. Le théâtre est un rapport de forces, l’émergence de forces qui résistent mais aussi créent leur propre dynamique, leurs propres évasion et invention.

rankbrain-googleIl y a longtemps quelque part dans les déserts on a dit que le verbe s’était fait chair, la suite s’appelle l’Histoire. La suite s’appelle aussi Vladimir et Estragon qui parlent sans discontinuer depuis environ 96 heures. Cette phrase pourrait être du Beckett si elle ne venait de Californie en 2017.
En effet, Vladimir et Estragon sont deux enceintes Google équipées de moteurs d’intelligence artificielle (deux IA) et voici qu’elles conversent depuis vendredi dernier, enthousiasmant les millions d’internautes qui suivent en live l’improbable dialogue. Vous avez bien compris, les IA se parlent de manière autonome, sans discontinuer car nul besoin de dormir, idem nulle sensation d’ennui, a priori.

Damien Odoul

Les Cahiers dessinés publient Résurrection permanente d’un cinéaste amoureux, magnifique ouvrage de Damien Odoul, illustré par le dessinateur Noyau et préfacé par André S. Labarthe. Un livre qui éclaire singulièrement la filmographie de Damien Odoul, réalisateur plutôt confidentiel alors même qu’il est l’auteur de onze courts métrages, d’un téléfilm et de sept longs métrages dont Moirassex, qu’il réalise à 24 ans, et La peur, avec lequel il obtient le prix Jean Vigo en 2015.


Michel Surya

 

Il en est parfois des livres comme de certains êtres : ils nous obligent. Il arrive qu’il faille répondre des livres comme on répondrait de l’existence de certains êtres qui n’ont pas encore commencé à exister. Ce sentiment je l’éprouvai pour Artaud, je l’éprouve aujourd’hui en lisant Le Mort-né. Cela vient peut-être de la coïncidence des limbes et de la pensée : de la place que l’on fait, que l’on est sommé de faire aux corps maudits dont le livre est le tombeau – à la fin le corps lui-même.