Connu dans les milieux algérois dès la publication de son premier recueil, Argo (1983) puis le roman Baya en 1988 (réédité en novembre 2018 aux éditions Bleu Autour), Aziz Chouaki est certainement l’écrivain algérien le plus inclassable. Sa pièce la plus récente, Nénesse (2017, éd. Les Cygnes), brocarde âprement homophobie, racisme et antisémitisme, farce tragique de notre monde contemporain. Il a aussi écrit deux pièces qui touchent à des actualités brûlantes : les migrants et les soldats coloniaux de la Grande Guerre.

Dévotion est un livre à propos de l’écriture, de ce qui est impliqué par l’écriture. Mais il ne s’agit pas d’un essai général sur cette question. Patti Smith aborde celle-ci de la manière la plus subjective. Et au lieu d’un exposé portant sur ce qui, dans son cas, serait inclus dans le fait d’écrire, elle met en pratique ce qu’implique pour elle l’écriture et qui, ici, n’est pas dit mais effectué.

De nos frères blessés, premier roman de Joseph Andras, vient de paraître en poche. Le récit est centré sur un homme, Fernand Iveton, un homme dont l’action a marqué l’histoire et les mémoires, un « nom maudit » comme l’énonce la citation de Benjamin Stora et François Malye (François Mitterrand et la guerre d’Algérie) en exergue du roman :

Pour les moins endurants à 1300 pages de lettres… et qui ont une certaine curiosité pour la relation amoureuse d’Albert Camus et Maria Casarès, le roman de Florence M.-Forsythe, Tu me vertiges (Le Passeur, 2017) vient de paraître en collection de poche en 2018…

Albert Camus

Dans un article du 15 mars 2017, j’interrogeais la citation de Camus mise à toutes les sauces avec un à-propos plus ou moins justifié et essentiellement comme caution morale et idéologique pour « parrainer » le positionnement de l’utilisateur. Il serait aisé de trouver chaque année un autre secteur de lectures camusiennes, mieux informé sur les textes de l’écrivain, mais s’inscrivant aussi dans la lecture d’admiration.

Kaouther Adimi (DR)

Edmond Charlot fait partie de ces libraires-éditeurs pionniers qui eurent, dans les années 30, l’idée novatrice de se lancer dans l’aventure d’un projet complet qui associait l’édition de livres et leur commercialisation dans un espace appelé librairie, conçu aussi comme un lieu culturel avec expositions de tableaux, rencontres culturelles et prêts de livres. A l’instar du corse José Corti qui, fonda, en 1936, à Paris, une librairie, centre de résistance intellectuelle pendant l’occupation allemande, et une maison d’éditions qui publia, entre autres, André Breton, René Char, Julien Gracq, Lautréamont, Gaston Bachelard, Edmond Charlot créa sa librairie, sous le nom de Les vraies richesses,  lui aussi, en 1936, mais à Alger. Les deux se sentaient aussi bien découvreurs de talents que passeurs.

Il suffit d’être un peu attentif pour entendre le nom de Camus dans la bouche de tout un chacun, comme si évoquer son nom ou une de ses phrases – prise au hasard dans un site de citations ou de vagues souvenirs scolaires –, conférait un label de crédibilité. Les hommes politiques, quelle que soit leur couleur, en sont friands et il est évident que je n’ai ni l’intention ni la possibilité de tout recenser mais plutôt de pointer un phénomène qui, selon son humeur du jour, irrite ou fait sourire, et en tout état de cause, plonge le nom de Camus dans le « politiquement correct ».

Laurent Mauvignier
Laurent Mauvignier

Après l’épique Autour du monde qui interrogeait en 14 voyages et autant d’histoires le tsunami de 2011, Laurent Mauvignier revient en cette rentrée 2016 avec sans doute l’un de ses plus beaux romans : Continuer. Racontant l’histoire de Sibylle cherchant à sauver son fils Samuel depuis un voyage à cheval au cœur du Kirghizistan, Mauvignier offre une puissante fable politique sur la France contemporaine jetée dans un temps troublé et déchiré de haines.
Diacritik a rencontré Laurent Mauvignier le temps d’un grand entretien pour évoquer avec lui ce roman qui s’impose déjà comme l’un des plus importants de l’année.

Le Prix Goncourt du premier roman 2016 a été attribué lundi à Joseph Andras pour De nos frères blessés (Actes Sud). La surprise fut double : le roman n’était pas encore en librairies (il paraît aujourd’hui) et il ne figurait pas dans la sélection de quatre titres dévoilée par le jury le 6 avril dernier. Mais il s’agit d’un choix à saluer tant ce roman semble en effet ouvrir à une œuvre d’importance, littéraire et engagée, profondément politique, donc.

Le comité de visionnage de Diacritik a regardé 21cm, la nouvelle émission littéraire de Canal Plus dont la première a eu lieu hier soir à 22h50. Verdict façon jury d’épreuve de patinage artistique, avec ses notes techniques (on plaisante) et la subjectivité assumée d’enfin voir une nouvelle émission consacrée aux livres à la télévision. Fût-elle sur une chaîne cryptée.

Ils sont deux, les frères Turriani, Mirko 17 ans et Tommaso 11 ans, au centre du roman doux-amer de Giorgio Scanna, On inventera bien quelque chose. Leurs parents viennent de mourir dans un accident et les deux gamins doivent désormais grandir dans cette drôle de « situation », comme les adultes à la sollicitude pesante appellent ce moment, sans très bien savoir quels mots mettre dessus. C’est cette latence, ce moment suspendu et tendu que narre Giorgio Scianna, dans un Bonjour Tristesse à l’italienne, un roman singulier qui explore les contradictions propres à l’adolescence, comme le souligne la citation d’Albert Camus en exergue, « les erreurs sont joyeuses ».

La littérature serait-elle d’un bout à l’autre mensonge, imposture et mauvaise foi ? L’idée est dans l’air depuis Maurice Blanchot au moins. C’est qu’après tout, une fiction est une fiction, un montage d’artifices. Mais il n’y a pas que la fiction et, dans ses Confessions, Rousseau entendait être franc et vrai tout au long de son propos. Et pourtant il n’est pas malaisé de montrer que sa sincérité était largement suspecte.