Le temps est la grande affaire des écrivains et il y a un bonheur à le vérifier inlassablement dans les bons romans que l’on lit durant son existence. Avec son nouveau livre La longue vie, qui paraît dans la jeune collection Aventures dirigée par Yannick Haenel chez Gallimard, Valentin Retz aborde le plus essentiellement cette question insigne du romancier : son rapport, sa définition, sa vie dans le temps.

Venise, millefleurs est le portrait romanesque de la ville qui rend la parole aux femmes – avec une narratrice « lassée du nombre de romans écrits sur Venise par des hommes qui projetaient sur la ville une image féminine pour mieux la fantasmer ». (Sollers est visé, Hemingway, et les autres…) La narratrice de Ryoko Sekiguchi pense que les écrivains n’ont jamais vraiment réussi à parler de Venise – moins bien, en tout cas, que les personnes qu’elle rencontre dans son récit, architectes, historiens, écologistes, militants ; les Vénitiens eux-mêmes à qui elle se présente avec un curieux projet : écrire un livre – un roman – sur Venise et ses fleurs, sa forêt…

Ce qu’il y a de bien avec le VU de l’année, c’est qu’on ne change pas des équipes qui gagnent. D’un côté du terrain, Patrick Menais et ses visionneurs au long cours ; de l’autre, l’actualité, les images, les sons, les grands discours et les petites phrases… le monde (je n’irais pas jusqu’à parler d’humanité) en somme. En six parties désormais (pour ne pas risquer la saturation ?), le VU de l’année déroule 2025 sur le mode rétrospectif et sous les auspices de Morpheus demandant à Néo de choisir entre la pilule bleue et la pilule rouge – déterminant de fait la réalité dans laquelle évoluer.

Dans son premier recueil, Le bonheur vient d’en bas, la poétesse, artiste, militante et chercheuse nan marci mêle la poésie et la peinture pour construire un refuge à son peuple de traumatisé·es, un soin vénère et politisé – et l’exigence radicale de vérité, contre l’empire de la distorsion et de la violence imposé par les agresseurs.

Ce ne serait pas un mal qu’avant de passer à la réalisation les cinéastes aient acquis une expérience de poète, de musicien ou de plasticien – et mieux encore des trois simultanément, sans hiérarchie. Mais il faut bien reconnaître que ça arrive assez rarement – je veux dire d’une manière qui ne soit pas du semblant. Jim Jarmusch est de ces cinéastes. N’ayant jamais rien abandonné de ses passions précoces, il s’est tant nourri d’expériences multiples qu’il doit s’en défaire, au moins partiellement, non pour faire vœu de pauvreté, mais pour aller au plus vif de ce qu’il remet en jeu à chaque projet.

Léa Bismuth s’empare du dernier texte que Blanqui écrivit dans sa dernière prison – au fort Taureau, dans la baie de Morlaix – et qui était resté totalement négligé jusqu’à aujourd’hui (comme le disait déjà Walter Benjamin il y a bien longtemps). C’est le texte L’Eternité par les astres, où Blanqui écrit : « Je me réfugie dans les astres où l’on peut se promener sans contrainte. »