On oublie combien un écrivain peut être seul. Y compris à Rome, y compris dans un musée. Éric Reinhardt, qui publie L’imparfait, en sait quelque chose.
Dans son premier recueil, Le bonheur vient d’en bas, la poétesse, artiste, militante et chercheuse nan marci mêle la poésie et la peinture pour construire un refuge à son peuple de traumatisé·es, un soin vénère et politisé – et l’exigence radicale de vérité, contre l’empire de la distorsion et de la violence imposé par les agresseurs.
Ce ne serait pas un mal qu’avant de passer à la réalisation les cinéastes aient acquis une expérience de poète, de musicien ou de plasticien – et mieux encore des trois simultanément, sans hiérarchie. Mais il faut bien reconnaître que ça arrive assez rarement – je veux dire d’une manière qui ne soit pas du semblant. Jim Jarmusch est de ces cinéastes. N’ayant jamais rien abandonné de ses passions précoces, il s’est tant nourri d’expériences multiples qu’il doit s’en défaire, au moins partiellement, non pour faire vœu de pauvreté, mais pour aller au plus vif de ce qu’il remet en jeu à chaque projet.
Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
Après Poèmes à pied, Le Nôtre, L’Âge de verre, ou encore Si riche heure, Cole Swensen fait paraître Et et et qui, à travers une poétique du « et », élabore un texte où le langage s’articule aussi à ce qui lui échappe. Entretien (bilingue) avec Cole Swensen.
Depuis quelques années, Peter Handke publie des livres de plus en plus fins. Tête-à-tête ne fait pas exception. Non pas que l’écrivain n’ait plus rien à dire mais que chaque mot soit employé avec le plus de justesse possible.
Léa Bismuth s’empare du dernier texte que Blanqui écrivit dans sa dernière prison – au fort Taureau, dans la baie de Morlaix – et qui était resté totalement négligé jusqu’à aujourd’hui (comme le disait déjà Walter Benjamin il y a bien longtemps). C’est le texte L’Eternité par les astres, où Blanqui écrit : « Je me réfugie dans les astres où l’on peut se promener sans contrainte. »
Une question traverse l’œuvre de Calvino : « Où se forme la vision ? dans l’œil ou dans le cerveau ? », comme Calvino lui-même le soulignait en analysant le livre de Ruggero Pierantoni, L’occhio e l’idea, Fisiologia e storia della visione (« L’œil et l’idée, Physiologie de la vision ») (Turin, 1981).
Arnaud Labelle-Rojoux est un artiste que je connais depuis longtemps. Je le connais personnellement et artistiquement, ce qui est la même chose, si on suit la logique de l’art dans la vie, l’art comme moyen de rendre la vie plus intéressante que l’art (citation de Robert Filliou).
Le XXIᵉ siècle a commencé le 1er janvier 2001 et se terminera le 31 décembre 2100, disait-on.
C’était exact au moment où cette phrase a été formulée. Ça ne l’est plus. Les calculs prévisionnels qui fixaient la durée du siècle n’avaient pas intégré l’accélération expansive et exponentielle du monde. Ils raisonnaient encore en temps linéaire, en continuité historique, en futur éloigné. Or la vitesse a changé de nature. Elle n’est plus un phénomène parmi d’autres : elle est devenue la condition même du réel. Le futur ne s’éloigne plus, il se rapproche. J’avance ceci sans métaphore : le 31 décembre 2100 s’est rapproché de nous, il coïncidera avec le 1er janvier 2026.
Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
À l’occasion de la sortie de la deuxième fournée des éditions Pédale, pédale ! qui réunit des textes érotiques de Florian Bardou, Antonin Crenn, Christophe Pellet et Mathieu Pineau, Pierre Niedergang s’est s’entretenu avec les deux éditeurs de cette collection à destination des pédales et de leurs ami·es, Antonin Crenn et Baptiste Thery-Guilbert.
7 décembre 2025. Rencontres du SoBD (« le salon de la bande dessinée au cœur de Paris ») à la Halle des Blancs-Manteaux. 15h-16h : « Qu’est-ce que la critique de bande dessinée ? » 17h30-18h15 : « Planches d’Anne Simon commentées » – deux rencontres animées à trois : Lucie Servin, historienne de formation, journaliste à L’Humanité, invitée d’honneur du salon ; Irène Le Roy Ladurie, universitaire (Faculté des lettres, Lausanne), et rédactrice en chef adjointe de Neuvième Art ; et votre serviteur, qui fêtait le même jour le cinquantième anniversaire de la diffusion de son premier Atelier de Création Radiophonique sur France Culture.
La baronne Elsa von Freytag-Loringhoven (1874-1927) s’était rendue célèbre à New York – à Greenwich Village – par sa transposition de Dada dans la vie courante… Le surréaliste Georges Hugnet disait qu’il fallait l’imaginer « vêtue de loques ramassées ici et là et voisinant avec des objets impossibles accrochés à des sautoirs, bringuebalant des traînes d’impératrice d’une étrange planète, le chef orné de boîtes de sardines, indifférente à la légitime curiosité que soulevait son passage ». Elle promenait dans les avenues « son apparition déchaînée, libérée de toute contrainte ». C’était là son œuvre – car pour « EvFL, l’art, c’est la vie », comme on le lit dans ce très bel essai d’Eric Fassin et Joana Masó précisément intitulé « L’art, c’est la vie. Else von Fretag-Loringhoven critique de Marcel Duchamp ».