Le VU de l’année : de l’état du monde en 2024

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Le VU de l’année sur France Télévision, c’est un peu comme les vœux présidentiels du 31 décembre : exercice annuel obligé, rendez-vous médiatique incontournable, on s’y prépare sans trop en attendre ; on guette sa diffusion avec une impatience gourmande mêlée d’appréhension légitime ; on le regarde compulsivement pour se (re)prendre en pleine poire l’année écoulée ; on en ressort avec le moral en berne de voir que rien ne change vraiment ou au contraire de constater que l’état du monde empire…

Fidèle à son credo fondateur, le VU de l’année 2024 « reflète la télévision » et contient une fois encore des images qui, non content de ne pas convenir à un jeune public, défient souvent l’entendement, mettent parfois mal à l’aise, font heureusement sourire à l’occasion, rappellent toujours que ce qui est présenté à l’écran est un condensé du réel. Cette année, les zappeurs de France Télévision on décidé de découper leur somme télévisuelle en six épisodes d’une heure et après deux parties et demi au moment où s’écrit cette chronique, on remercie les programmateurs d’avoir choisi ce format pour préserver le spectateur critique tenté de regarder in extenso le cru 2025 préparé par Patrick Menais et ses équipes.

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À la fois miroir tendu au spectateur et loupe cruelle, VU concentre une année de morceaux de télé choisis, avec son parti pris immuable de montrer et remontrer encore la profusion médiatique, des chaînes nationales historiques à la TNT en passant par les canaux plus confidentiels et spécialisés des bouquets satellites. Avec une mention spéciale pour les chaînes du groupe Bolloré (qui pourront s’en émouvoir et s’indigner à loisir) qui reviennent régulièrement avec leurs têtes de gondoles et leur ligne discutable. On sait gré donc au service public de nous permettre de respirer entre les images de désolation, de guerres, d’enfants décharnés à Gaza, de violences faites aux femmes, de digérer les sorties populo-racistes des chroniqueurs et présentateurs-vedette (tel Pascal Praud qui considère que pour dissuader les délinquants et les criminels d’aller en prison, « mettre 40 prisonniers dans une même cellule avec un seul repas par jour, c’est efficace« – partie 1/6 à 14’47…) ou Christine Kelly répondant « bien sûr ! » à la question posée par Jean-Marc Morandini : « est-ce que c’est le Club Med les prisons en France ?« 

Capture d’écran Vu de l’année © France TV

On ne remercie pas en revanche les femmes et les hommes politiques (majoritairement d’extrême droite), les producteurs de contenus à la ligne éditoriale questionnable, les animateurs-producteurs auto-proclamés détenteurs du savoir de « ce que veulent les Français » d’asséner des contre-vérités douteuses, des mensonges avérés. Tel Cyril Hanouna qui clame que « les assistés on n’en veut plus, ceux qui peuvent travailler doivent aller travailler » avant d’y revenir le lendemain (parce qu’il était dans le VU du jour) en répétant que « la plupart des Français pensent comme [lui] » et justifiant son propos et ses audiences avec ces mots : « nous on essaie d’aider les Français (…), on dit les choses, ce qu’on a dit sur le vaccin, ça n’a été dit nulle part ailleurs (…) c’est pour ça que ça marche« …

Résumé de ce qui s’est dit, de ce qu’il s’est passé, de ce qui a été diffusé tout au long de l’année, le VU dissèque et recompose la production télévisuelle, analyse autant qu’il pointe les sophismes, égraine les insultes quasi quotidiennes à l’intelligence des spectateurs, questionne l’humanisme de chacun et dans sa livraison de 2025 tend vers un fact-checking permanent en répondant quasi systématiquement aux assertions mensongères proférées sur un plateau par un argument ou une illustration contraire. Pour preuve, cet enchaînement où d’une chaîne à une autre, on apprend que « les populations d’oiseaux sont en forte baisse en Europe – leur nombre a décliné de 25% en 40 ans, voire de 60% pour les espèces en milieu agricole (…) première cause : l’augmentation de l’usage des engrais et des pesticides » / Pascal Praud (déjà ou encore lui…) assurant, péremptoire, que « tout le monde est d’accord pour dire que le glyphosate n’a aucun impact sur la santé des humains, tout le monde est d’accord là-dessus, vous avez la folie écologique sur les plateaux de télévision (…) avec des gens qui arrivent pour dire n’importe quoi, donc, oui au glyphosate ! » / avant d’entendre le témoignage d’un jeune homme à la voix brisée par le cancer de la gorge dû au glyphosate qui « remercie les agriculteurs qui font l’effort de se passer des pesticides pour la santé de tous« .

Mais tout n’est pas noir ou pas trop sombre dans le VU de l’année, on y trouve de belles histoires, de beaux et grands moments de télévision – Clara Lucciani lisant le poème d’une résidente des Rencontres du Papotin –, on y accueille de bonnes nouvelles quand la télévision se fait informative, divertissante, éclairante au milieu d’une actualité par trop angoissante, quand ceux qui font la télé ne sont pas les instruments ou les créateurs d’une anxiété organisée. Comme chaque année, on repense au monologue d’Edward. R. Murrow, immortalisé au cinéma par George Clooney dans Good Night and Good Luck délivrant sa conception de la télévision : « Cet instrument peut enseigner. Il peut éclairer et, oui, il peut même inspirer. Mais cela ne peut se faire que dans la mesure où les humains sont déterminés à l’utiliser à ces fins. Sinon, ce ne sont que des fils et des lumières dans une boîte. » Comme chaque année, on espère que le VU de l’année prochaine sera complètement différent et que les humains seront déterminés à utiliser la télévision à d’autres fins que de servir un projet mensonger. Sinon, il ne restera plus que les fils dans la boîte.

Vu de l’année 2024, diffusé le 2 et 3 janvier sur France 2, disponible en replay sur France.tv, six épisodes d’une heure. crédits images FranceTV.

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