Durant deux étés, Laurent Deglicourt (Le voyage minuscule 13/22)

© Laurent Deglicourt
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Durant deux étés, nous avons passé une partie de nos vacances dans la maison de la mère de ma compagne, en Isère. J’étais sauvage et ombrageux ; je m’y sentais comme un étranger mais la gentillesse de V., la beauté de l’endroit, la présence bienfaisante de la nature contribuaient à me civiliser un peu. Je m’y ennuyais pourtant beaucoup ; parfois ceux qui ont été malheureux dans leur propre famille cherchent la rédemption dans celle des autres. Ce n’est pas mon cas. Je préférerais toujours la solitude à la dépendance affective un peu minable. Orgueil désuet, excessif mais qui me maintient en vie. Gabriel, lui, exultait. Il profitait de la campagne, jouait avec Léo, le fils de V., le malmenait parfois, profitant de son statut d’ainé, ce qui me mettait dans des colères noires. De ces moments, somme toute plutôt heureux, je n’ai rien de plus à dire. Poser des mots sur le bonheur, c’est toujours, in fine, prendre le risque de la tautologie.

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