En 1988, Hans Georg Berger publiait L’Image de soi, ou l’injonction de son beau moment ? aux éditions William Blake and Co. Ce beau livre, préfacé par Hervé Guibert, relatait par l’image l’amitié qui liait les deux hommes depuis 1978, date à laquelle le jeune Guibert, journaliste au Monde et auteur de La Mort propagande (Éditions Régine Deforges, 1977), avait été envoyé en Allemagne pour interroger Hans Georg Berger, alors directeur du festival international de théâtre de Munich.

La correspondance privée des écrivains a mauvaise presse, tant auprès des éditeurs qui la considèrent, en général, comme peu rentable commercialement, qu’aux yeux du grand public qui n’y voit, au mieux qu’un intérêt anecdotique très relatif, au pire comme une sorte de voyeurisme douteux.

Quand il écrit à la première personne, mieux vaut se méfier. Marseille en avait fait les frais : détruite, sans autre forme de procès, par un tsunami dans Nous trois. Faudrait-il en déduire que quand Echenoz écrit, la terre se met à trembler ?  Ça n’a pas manqué : la chute d’un satellite de belle taille, du genre discret mais efficace, ravage consciencieusement les premières pages de Vie de Gérard Fulmard.

Le spectacle a d’abord porté le J’ai la douceur du peuple effrayante au fond du crâne, quand il a été présenté début 2019 au Collectif 12 de Mantes-la-Jolie puis au Studio Théâtre de Stains. Alice Carré, Margaux Eskenazi et leur équipe ont joué ce spectacle pendant le festival d’Avignon au 11 Gilgamesh sous un nouveau titre, bien que toujours extrait d’une formule poétique empruntée à Kateb Yacine : Et le cœur fume encore.

Lamentable ? Navrant ? On a du mal à trouver les mots qu’il faudrait. On ne veut pas lui faire de la pub. On cherche plutôt le symptôme. De quoi cet « essai » est-il le nom ? Des sottises, on en écrit depuis toujours et on devrait s’y être fait… Mais on se sent soudain une âme de lanceur d’alerte et le radar ABRL (« Attention Baufitude en Roue Libre ») clignote trop sa race.