« A l’intérieur de chaque rêve il y a d’autres rêves fantomatiques, là où la lune se lève, Terre blême comme un fantôme sans nerfs, sans géométrie, sans chair autre que l’air. A l’intérieur de chaque rêve un fantôme est présent, vivant et mort. »

Théorie des MultiRêves est un livre de rêves loin du récit de rêve, loin de la théorie et de l’interprétation du rêve, loin de la narration et de ses constellations fixes. Que reste-t-il dans ce vide, dans cette obscurité du cosmos qui nous est seule laissée pour évoluer dans un espace privé de repères ? Une écriture – une écriture de visions et d’images oniriques comme autant d’étoiles errantes et aberrantes, de comètes aveugles venant déployer un espace inconnu, multiforme, autour d’elles, et cet espace soudain créé, insaisissable, est l’espace mutant, littéraire, des « multirêves ». Objets imaginaires, ces « multirêves » traversent la notion jumelle de « multivers » avec des rayons invisibles et nous amènent dans un ailleurs instable. Ce livre n’est pas obscur, n’est pas tourné vers la noirceur parce que la vraie vie serait ailleurs, dans les rêves, mais plutôt parce que les vrais rêves sont ailleurs que dans la vie. Pas dans nos rêves mais dans un ailleurs aussi inatteignable que le sont les autres univers. Nous n’avons ici ni une théorie ni une narration mais ce point extrême où la théorie et l’imaginaire se rejoignent en une écriture.

Nicanor Parra

À l’occasion de la parution des splendides Poèmes et antipoèmes de Nicanor Parra, l’écrivaine Claire Tencin a interrogé pour Diacritik Felipe Tupper, le maître d’œuvre de cette indispensable anthologie bilingue qui vient de paraître au Seuil dans la collection de Maurice Olender. Tencin et Tupper s’interrogent ici sur les arcanes de l’œuvre clef du poète chilien de 103 ans, enfin traduite en français par Bernard Pautrat.

 

Quentin Leclerc (DR)

La ville fond est un récit déroutant. On a envie de s’aventurer à dire de La ville fond qu’il est comme un livre de déroutes. Dans un langage d’une clarté vite inquiétante, on y suit l’échec répété d’un homme âgé et veuf, Bram, tentant de quitter le village pour rejoindre la ville. Et ce encore et encore. Cela seulement : Bram, le chauffeur, le village, les policiers, le bus, la forêt et la tentative répétée d’atteindre la ville. Encore et encore. Sans succès. La quête unique de rejoindre la ville, sans cesse empêchée, est sans cesse recommencée. C’est comme la mise en échec du livre de Cormac McCarthy, La Route, et du post-apocalyptique qui ronge cependant le texte tel un feu sourd depuis ce titre mystérieux : La ville fond.

A l’opposé du verrouillage de Tcherniakov, il y a la proposition démantibulée de Sivadier : faire un autre Don Giovanni, dans la mythique cour de l’Archevêché, et après avoir mis en scène l’année précédente le Dom Juan de Molière, dont l’influence est perceptible dans le livret de Da Ponte au travers rien moins que le personnage d’Elvira – mais dont tout l’aspect réflexif est prudemment éliminé.

Carmen (Stéphanie d’Oustrac) et Don José (Michael Fabiano)

On pourra dire à présent « la Carmen d’Aix-en-Provence », mais c’est bien celle de Bizet que nous a rendue le metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov secondé par le chef Pablo Heras-Casado, le somptueux Orchestre de Paris, et des chanteurs exaltés, sortis essorés et heureux d’avoir eu à défendre cette proposition.
Il nous la rend parce que, dit-il, il n’y croyait pas.

À l’occasion de ses quarante ans, le Centre Pompidou a triomphalement fêté son anniversaire, se présentant comme un lieu vivant et toujours renouvelé de création. Et pourtant !
La rétrospective David Hockney actuellement présentée (jusqu’au 23 octobre) donne la troublante et dérangeante impression d’un lieu figeant et étouffant l’art dans le classicisme et la respectabilité.

Jean-Luc Mélenchon

La séquence électorale qui s’est terminée avec le second tour des législatives aura vu l’émergence forte de deux partis dont les noms semblent tout droit sortis d’un brainstorming marketing : En Marche et La France Insoumise. Des deux côtés en effet, la connotation, c’est-à-dire les associations mentales possibles, est beaucoup plus forte que la dénotation, l’identification univoque de la place sur l’échiquier politique.