Abbas Belail : Trois poèmes

We the Poets © Christine Marcandier

Trois textes inédits du poète irakien Abbas Belail. Traduction de l’anglais par Jean-Philippe Cazier.

Les murs de ma chambre m’étouffent,

que j’ai toujours ressenti comme des agresseurs.

Ils ne sont pas un abri pour moi.

Le même sentiment ronge ma tête

lorsque je pense à l’essence de la patrie.

Je sors de chez moi avec autant de colère que mes crampes d’estomac,

à la recherche d’un peu de plaisir sur la route.

Au moins je suis là,

loin de cette prison

aux rideaux verts et bruns.

Je suis conscient de ma détresse,

et je fais face au monde en silence

comme quelqu’un dont la tête serait laissée sans plus aucune peau.

Chaque fois que je vois une route défoncée,

un pneu qui brûle sur le bord de la route,

ou des gens qui reçoivent des coups

de matraques en caoutchouc sur le crâne,

je vais au marché avec un visage composé

d’une quantité de silence et couleurs.

*

Je rêve d’un pays que je n’atteindrai pas.

Je rêve de rues sans taches de sang,

dans une ville sans égouts.

Je rêve de rues sans fantômes fixant leurs propres cieux,

répétant la scène de leur montée au ciel.

Je rêve de rues où les conteneurs à poubelles débordent

de bouquets fanés ramassés lors de relations amoureuses ratées,

je ne rêve pas d’enfants déterrant des sacs en plastique à la recherche de nourriture

et de quelque chose qui pourrait être vendu.

Je rêve de rues pleines des cris d’une femme refusant

une demande en mariage lorsque le pauvre mec s’agenouille,

et non à cause d’une balle saisissant la tête d’un passant.

Je rêve de rues où les gens passent silencieux,

regardant les insectes voler au-dessus des fleurs sur les trottoirs,

et non qui passent en silence parce qu’ils ont vu un cadavre.

Je rêve de rues que je n’atteindrai pas,

que je n’atteindrai pas avec des rêves,

alors que je cours entre les rues et les foules,

mes pieds sont couverts de sang,

des fantômes planent au-dessus de la tête des passants, dégoulinant de sang ;

fantômes difformes sans membres, sans têtes…

sans mémoire.

*

Je pense que tu sais maintenant combien tu vaux,

toi, penseur fragile, simple lecteur et poète.

Te voici dans cette crèche qui s’écroule.

Personne ne se soucie jamais de toi.

Tu es un cadavre sur le trottoir.

Un enfant nettoie les vitres des voitures au feu rouge.

Il se bat pour les chaussures des piétons pour les rendre plus belles

pendant qu’ils s’enfuient loin des trottoirs.

Tu es n’importe quel animal sur une route.

Une mère dont le chiot est devenu une partie de l’asphalte.

Même si tu es le Sauveur, les gens se hâteront de t’enterrer.

Ici, dans cette partie de la Terre, tu es

un simple chiffre qui augmente le nombre des chômeurs.

Ta voix : un mètre de plus dans une fosse commune.

Abbas Belail