Retrouver « où va littérature française »

La Quinzaine Littéraire - Photo Denis Seel - DR

Nous sommes nombreux, en ces jours, pour une raison mystérieuse, à retrouver, trier, jeter,     garder, ranger. C’est ainsi que j’ai exhumé, au fin fond de mon appentis, deux numéros spéciaux, datés de Mai 1989 et de Mars 1997, de la Quinzaine Littéraire. Une cinquantaine d’écrivains y répondaient à la même question : Où va la littérature française ?

Une vingtaine de pages, logorrhées sur les avant-gardes, les écoles, les mouvements, les théories théorisant théoriquement la fin de la littérature, le retour au sujet, à la création, au récit, à l’œuvre, oui ? non ? Fatigant.

Sauvées, ces quelques lignes :

. « La question ne me dit rien.

. J’ai beau être écrivain, je préférerai toujours la musique à la littérature.

. Quand j’ai commencé à écrire, je ne savais pas qu’il y avait des avant-gardes, des manifestes ni rien de tout cela. Évidemment, j’avais sept ans et ce que j’aimais, c’était la forme du livre, ces pages écrites et collées ensemble, avec une couverture, un titre, et un nom d’éditeur (à cette époque, mon éditeur s’appelait « Loup noir »). Je n’étais même pas bien sûr des genres, je publiais en même temps un précis de géographie (« Le Globe à mariner »), un roman d’aventures (« Oradi noir ») et des poèmes.

. Je lis Proust qui dit : « Un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés ».

. Mon projet d’écriture ? Je n’en ai pas sinon celui de continuer à tâtonner, à fuir le discours et le slogan, à éviter la posture et le manichéisme, la pitié ou l’imprécation, le voyeurisme et l’indécence qui consiste à « vendre » de la souffrance.

. Et moi qui pensais qu’en m’installant près de la fenêtre au fond de la classe, j’allais pouvoir rêver tranquille, étudier les mœurs volages des oiseaux et dessiner les plans de mes machines à tortiller le temps ! Mais non, voilà que vous m’interrogez sur un sujet des plus graves : « Elève S., dites-nous où va la littérature » … J’en ai froid dans le dos. Et la présomption d’ignorance, qu’en faites-vous ? Je passe mon temps à chercher, à douter de tout, je ne sais pas où je vais, et vous voudriez que je vous dise où va la littérature ! Que je vous montre du doigt une vague direction entre deux champs de navets : « Elle a passé par ici, elle passera par-là ».

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Merci à Hélène Cixous, Philippe de la Genardière, J.M.G. Le Clézio, Henri Raczymow, Abdelkader Djemaï, Anne-Lou Steininger.

La Quinzaine Littéraire – Photo Denis Seel – DR