GOT [spoiler post] : « Night gathers, and now my watch begins »

Jon Snow termine la très attendue saison 8 de Game of Thrones de la même manière qu’il la commençait, huit ou neuf ans en arrière. C’est à la fois une surprise et une déception — mais était-il réellement possible de ne pas être déçu de la fin de cette brillante série ? L’enjeu de ce court texte sera à la fois de n’en rien dire et d’en dire suffisamment, pour avoir envie de se replonger dans l’intégralité des épisodes de la saga des Stark et d’en ressentir à nouveau la force de narration.

Je ne lis jamais les critiques, pour ma part : avant un film, avant une série, même avant de lire un livre. Je pousse le vice jusqu’à ne pas regarder les bandes-annonces — c’est ainsi que je suis allé voir le Prometheus de Ridley Scott sans avoir la moindre idée que le film avait un lien avec Alien (et quand on sait mon investissement dans cette saga-là, ici-même, sur Diacritik, c’est d’autant plus surprenant).

Je me souviens que Slim me sermonnait : on bossait ensemble dans un entrepôt à Charenton-le-Pont, et il me disait que je devais regarder Game of Thrones. Que c’était incroyable. Il ne pouvait pas me raconter, parce que la trame rebondissait sans cesse et qu’il ne fallait pas « spoiler » — mon mari a appris un nouveau mot, qui fait fureur paraît-il : « divulgâcher » (j’aime beaucoup). J’avais beau expliquer à Slim que l’avais travaillé à la Fnac pendant dix ans en librairie et que les aficionados du Trône de Fer de George R.R. Martin, continuellement à la pêche de la date de parution du prochain opus, me les brisaient menu, il n’en démordait pas : je n’allais pas en croire mes yeux ! Il avait commencé à lire les bouquins en parallèle et il se jouait une course contre la montre dans ces années-là (autour de 2012) chez les spectateurs de la série pour garder le juste équilibre entre ce qui se passait à l’écran et ce que l’on apprenait dans les livres. Si pourtant je ne me penchais pas alors sur le cas Game of Thrones, je trouvais intéressant ce jeu de piste parallèle entre deux modes d’expression : le livre, et son adaptation à l’écran. Et il m’apparaissait, à l’ampleur que prenait année après année le phénomène, que dans ce cas précis, l’élève surpassait le maître.

J’en aurais la confirmation en 2016 en achetant dans un supermarché un coffret contenant les cinq premières saisons à un prix défiant toute concurrence, et en devenant par ce geste anodin, entre la poire et le fromage j’oserais dire, dingue moi aussi de la série — jusqu’à son épilogue, délivré à l’internationale dans la nuit de dimanche à lundi derniers.

Il n’en reste pas moins que les aficionados suscités poussent toujours le maître à l’écriture — et je confirme avoir vu passer récemment une information comme quoi Martin travaillerait toujours sur un nouveau livre, intitulé The Winds of Winter, et dont la sortie est régulièrement repoussée, l’auteur ayant, selon ses propres mots, « encore des pages à écrire ». Ce qui signifierait, et assez logiquement, que d’ici un an ou deux, nous aurons droit à la suite de Game of Thrones — même si nous venons d’assister à « l’ultime saison ». On sait que les séries télévisées ont la même mauvaise habitude que les vieux chanteurs populaires, et que leurs adieux ne sont jamais longtemps définitifs.
Néanmoins.
Il devrait y avoir une tendresse particulière pour la fin d’une série.

Je me souviens de Six Feet Under et de ce que j’ai ressenti devant le dernier épisode de la saga Fisher. Une fois encore, je ne « divulgâcherai » rien pour celui ou celle qui n’a pas encore suivi ce chef-d’œuvre, mais s’il fallait trouver la raison pour laquelle Six Feet Under a tellement marqué les esprits, c’est évidemment à cette ultime porte, fermée aussi radicalement qu’un cercueil, qu’on le devrait.

Je pense à The Good Wife également : la gifle qui clôt la série, comme une gifle déjà l’ouvrait — et je suis à présent The Good Fight avec l’espoir absurde que Julianna Margulies y fera une apparition, tout en acceptant avec amertume l’exigence dont les producteurs de la série, et l’actrice elle-même, font preuve en ne la ramenant pas à l’écran.

J’ai visionné The Iron Throne, le sixième épisode de la huitième et ultime saison de Game of Thrones, la nuit dernière pour ma part, n’ayant pas souscrit un abonnement particulier à la chaîne OCS comme de nombreux fans en Europe l’ont fait pour avoir la primeur de voir l’épilogue « en temps réel », et depuis, il y a comme un gouffre dans ma poitrine. Un vide abyssal.
Il y a un horizon, pourtant, à l’ouest de Westeros.
Un nouveau souverain à Winterfell.
Et le long du Mur, la nuit grandit et ainsi, une nouvelle veillée commence.
Il y a la possibilité que d’ici deux ans, trois, une nouvelle série voie le jour qui ferait suite à ce qui a pris fin, pour moi, hier soir.

Mais je l’avoue — et que je sois déçu ou non est véritablement un sentiment accessoire au regard du succès de la série, de son impeccable réalisation, sans en oublier le casting parfait —, je suis heureux de ressentir, déjà, cette longue nuit devant moi. Parce que, comme le dirait Tyrion Lannister : « There’s nothing in the world more powerful than a good story. »