La République à l’ombre des épées, oyez oyez c’est le Printemps qui revient !

On ne sait si l’on doit s’esclaffer ou trembler devant cette absurde photo sur laquelle on reconnaît notre Ministre de la Culture, Françoise Nyssen, et le gentil-très-cool-sans-cravate comédien Jean-Marc Barr, propulsé parrain de la 20è édition du Printemps des Poètes, grande opération annuelle pour la promotion et la visibilité des poètes au sein généreux de notre start-up préférée, mesdames-messieurs levez-vous s’il vous plaît : la France !

David A. Warlick, Sans titre, Géorgie, 1891

Soit un petit garçon blanc qui pose, en Géorgie, pour le photographe. Il a quatre ans, il est chaussé d’élégantes bottines sombres, affublé d’une toque, emmitouflé dans un large manteau clair qui le fait disparaître à moitié. On devine en arrière-plan un intérieur distingué, une cheminée décorée de carreaux au motif raffinés. On est en le 4 janvier 1891 et pour rassurer l’enfant, en ce jour de solennelle représentation devant le photographe, l’on a pris soin de le placer aux côtés de sa nourrice, présence rassurante, dont le bonnet et le large tablier sont d’un blanc éclatant, et l’on a consenti à lui laisser sa poupée préférée, molle masse de chiffons qu’il agrippe au poignet. Or la nounou et le doudou sont noirs, tous deux : frappantes incarnations de la ségrégation raciale aux États-Unis.

 

Après conseils et réflexions, j’ai décidé de porter plainte contre le père de famille dont j’ai raconté l’histoire dans mon précédent texte. J’ai lu en effet une interview des responsables d’une association de violences faites aux femmes qui soulevait une question cruciale : « La définition du harcèlement est difficile, pour certaines une insulte sexiste dans la rue n’est rien, pour d’autres c’est une véritable agression. »