Le Chat du Rabbin : Sfar Wars

 

Deux ans après Tu n’auras pas d’autre dieu que moi, Joann Sfar revient avec La Tour de Bab-El-Oued à paraître le 17 novembre. Une nouvelle « aventure » de son personnage fétiche, chat parlant, avatar de l’auteur qui s’interroge et questionne le monde sur la religiosité du monde, sur le besoin de sacré, sur la nécessité des dieux. Un nouvel album forcément en résonance avec l’actualité récente : migrants, laïcité, quête de réponses, intolérance et espoir d’un monde plus pacifique.

La ville est en ébullition, la mosquée est inondée et les fidèles ne savent plus où donner de la prière. Le chat du Rabbin, lui, doit composer avec des intrus miaulant et ronronnant en passe d’envahir son logis. Alors qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde. La Tour de Bab-El-Oued tient autant de la parabole que de la farce : c’est l’histoire d’un Rabbin, d’un Imam et d’un chat… Dit ainsi, on pourrait placer l’œuvre de Joann Sfar sous le signe d’un athéisme forcené alors que c’est tout l’inverse. Le questionnement permanent, le rappel incessant des similitudes des trois grandes religions monothéistes, les racines et les écritures communes, tout concourt à faire du Chat du Rabbin la quête spirituelle d’un homme qui utilise, manie, tord la fable pour mieux exorciser ses doutes et sa tristesse face à l’état du monde.

Drôle – si tant est que l’humour est soluble dans le désespoir –, provocateur (cet âne qui considère que le principal problème d’Alger est que « ça manque d’Arabes »), pétri de second degré amer (« bienvenue au rassemblement des Juifs et des Musulmans qui refusent de prier ensemble »), La Tour de Bab-El-Oued parle de l’impossibilité des hommes et des religions à (co)exister ensemble. Derrière le calembour qui renvoie à l’épisode biblique de la genèse au cours duquel Dieu (mais lequel ?) a brouillé la langue des hommes afin qu’ils ne se comprennent plus (mais avaient-ils seulement besoin d’un Dieu pour cela ?). L’inondation de la mosquée (autre déluge) est le prétexte à la tentative d’un œcuménisme forcé (les musulmans ne vont quand même pas prier dans la rue !?), mais aussi la figuration d’une impossibilité : puisées à la même source, les trois grandes religions sont désormais – par l’intervention humaine –, irrémédiablement inconciliables.

 

Intolérance, foi en réponses toutes faites, interprétations restrictives des textes, mainmise de l’homme sur les esprits, pour le chat philosophe, les religions séparent et créent les guerres. Dès lors, même si la quête semble vouée à l’échec, c’est pleins de bonne volonté que le rabbin du rabbin, l’imam de l’imam, le curé du curé, Malka, son lion et le chat se mettent en tête d’aller chercher la solution originelle, à même de réconcilier les hommes. Mais rien ne dit qu’ils y arriveront. Et surtout pas Joann Sfar qui, entre fatalisme et espérance, semble poursuivre sa guerre intérieure : en continuant de chercher les réponses, de les mettre en images et en textes pour mieux dire les peines du monde. Et, un jour peut-être, le sauver.

 

Joann Sfar, La Tour de Bab-El-Oued, Le Chat du Rabbin T7, 88 p. (couleur : Brigitte Findakly), Dargaud, 14,99€. En librairie le 17 novembre.