Le sud au bleu du ciel : Laurent Deglicourt (Le voyage minuscule 19/22)

©Laurent Deglicourt
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On associe souvent le sud au bleu du ciel. Ou inversement. Le bleu qui règne à Marseille est totalitaire, d’une effroyable dureté, sans concession. Le sud est souvent un fantasme. Y vivre, c’est autre chose. Tu retrouvais en Picardie ce que tu avais voulu fuir et tu prenais conscience que tu aimais les ciels de traîne, la lumière rare mais somptueuse, le givre sur les vitres le matin. Tu peines à habiter les lieux comme tu peines à habiter ton corps. Ta topographie intime est vague, voire inexistante. Tu n’existes que par tes sensations, tes émotions. Cette sensibilité-là n’est pas enviable. Tu as d’ailleurs une certaine aversion pour ceux qui, toujours à fleur de peau, semblent en tirer une sorte de fierté : Narcisses de porcelaine. Au fil du temps, tu as constaté avec bonheur que ton fils ne te ressemblait pas. Ou du moins : les sensations qu’il recherche ne peuvent se superposer aux tiennes ; il n’est pas, comme tu l’étais autrefois, à la merci des émotions qui le traversent. Tu as engendré sans te reproduire (c’est d’ailleurs cela que vient annoncer Gabriel à Marie). C’est là un immense soulagement, dis-tu.

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