Donald Trump ou la victoire du fascisme parodique

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À l’heure de la victoire de Trump, icône anti-moderne absolue, deux considérations s’imposent au-delà de l’hébétude et de la stupéfaction folles. La première selon laquelle Marx a décidément toujours raison quand il affirme que tous les événements dans l’histoire ont lieu deux fois : la première fois sous la forme d’une tragédie, la seconde sous la forme d’une farce. A ceux qui parlent de fascisme, il faudrait préciser qu’il s’agit d’un fascisme parodique, ubuesque, d’autant plus redoutable qu’il en est la version télévisuelle et télégénique – le feuilleton de la bêtise qui est toujours spectaculaire (Flaubert l’avait déjà compris avec Homais notamment). La seconde remarque concerne Rancière qui a raison là encore, notamment dans ce petit texte de 1997 sur la diffusion des idées racistes en France. Le rôle évident des médias dans la présence de Trump, l’hystérie des réseaux sociaux répondent de ces sept règles qui conduiront vraisemblablement Marine Le Pen à une victoire en mai 2017, peut-être même comme on entend déjà dire dès le 1er tour.

Peut-être ne vivons-nous pas un moment américain. Peut-être devons-nous regarder du côté de l’Italie telle que la voyait Serge Daney à la fin des années 1980, quand il parlait de Berlusconi qu’il posait comme le modèle politique à venir. Sans doute l’Italie a-t-elle toujours été le laboratoire depuis la Renaissance de toutes nos vies, de toutes ses métamorphoses, des ses joies et pertes – sans doute est-elle désormais plus américaine que l’Amérique même comme l’avait anticipé Berlusconi, visionnaire malgré lui, homme du Désastre. Peut-être Trump est-il alors la farce de la farce qu’était déjà Berlusconi : il faudrait aller au-delà de Marx – dire qu’un événement se répète peut-être trois fois, et la dernière dans le Néant et son rire terrible qui emporte chacun dans l’horreur advenue.

Devant Trump, avant Le Pen, il s’agirait désormais de réinvestir le présent, de donner sa chance à l’époque, de la sortir du sophisme, de la bêtise spectaculaire (toujours spéculaire d’ailleurs), d’œuvrer à quitter l’ère du commentaire pour œuvrer à celle d’un récit qui reprendrait les hommes depuis leur abandon. L’œuvre est grande et peut-être impossible dans l’immédiat mais il faudrait tenter le récit magistral et majuscule.

Lire ici le texte de Jacques Rancière