Sylvia Plath, à l’encre (Dessins)

Sylvia Plath
Sylvia Plath

De Sylvia Plath (1932-1963), on connaît bien sûr l’œuvre et le destin tragique, poèmes, romans, La Cloche de détresse (The Bell Jar). On connaît moins sans doute ses dessins, d’Angleterre, de France, d’Espagne et d’Italie, qui viennent de paraître aux éditions de la Table Ronde.

Sylvia Plath
Sylvia Plath

Le volume est préfacé par la fille de Sylvia Plath, Frieda Hugues qui souligne combien sa mère rêvait de voir le New Yorker « qui abonde de ces trucs en noir et blanc » publier ses dessins. Toute sa (courte) vie, elle dessina, croqua scènes Sylvia Plathet objets, les toits de Paris, colonnes Morris et bateaux, animaux, parapluie, fleurs et fruits, une passion véritable, lui procurant concentration et calme. Elle évoque souvent ses encres dans ses lettres, dessinant d’ailleurs souvent au dos de cartes postales et confiant s’inspirer de Klee, Chirico et du douanier Rousseau, auxquels elle consacra des poèmes.

Les dessins réunis dans le volume sont accompagnés de lettres de Sylvia Plath éclairant le rapport à l’art de Plath, sa torture intérieure et cet « apaisement » qu’elle puise dans la pratique du dessin, « plus que la prière, plus que la marche, plus que tout » ; elle s’absorbe et se fond dans la scène croquée, en quête d’une simplicité enfantine. « Je vois l’Infini dans un grain de sable » (à Ted Hugues, 7 octobre 1956).

Sylvia Plath

And I
Am the arrow,
The dew that flies
Suicidal, at one with the drive
Into the red
Eye, the cauldron of morning.

Et je
Suis la flèche,
La rosée suicidaire accordée
Comme un seul qui se lance et qui fonce
Sur cet œil
Rouge, le chaudron de l’aurore.

(Ariel, traduction de Valérie Rouzeau)

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A « la plus chérie des mères », Sylvia Plath écrit, en août 1956, « je crois que je suis en train de concevoir une sorte de style primitif bien à moi que j’aime vraiment beaucoup. Tu vas voir ».

a13219A notre tour de voir, grâce à ce magnifique volume et de comprendre combien cette part méconnue de l’artiste éclaire et prolonge une œuvre exceptionnelle, dont Georges Steiner, dans sa préface à l’édition Quarto des Œuvres (Gallimard, 2011), soulignait la « très puissante rhétorique de la sincérité ».

Sylvia Plath, Dessins, Préface de Frieda Hughes, trad. de l’anglais de Valérie Rouzeau, éd. La Table Ronde, « Hors Collection », 88 p., 22 €

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