Philippe Bazin Calais

L’événement a eu lieu, et il a suffi qu’il ait eu lieu. La pensée qui s’est ouvert un chemin à ce moment-là, à distance des mots et dans la chaleur de la vie, on cherche à la réduire, à la rentrer dans ce qui nous sert de culture journalistique, politique ou savante, à l’y ramener en usant d’artifices, des procédés mécaniques du jargon d’expert et même de la rhétorique et du style.

Berlin 1982-014

Dans son Combat pour Berlin, Goebbels emploie dans des circonstances variées, mais toujours péjorativement, un mot bien plus révélateur. Ce livre a été écrit avant la prise du pouvoir, avec pourtant déjà une grande confiance dans la victoire, et il décrit les années 1926-1927, époque à laquelle Goebbels, arrivant de Rhénanie, commence à conquérir la capitale pour son parti.

« Nous avons abouti à ce livre, mais ce sont des gens réels qui ont vécu les situations décrites, et ils avaient leur mot à dire. Beaucoup de ceux que nous avons rencontrés sur le terrain ont plus ou moins considéré nos conversations comme une occasion de dire au gouvernement et à leurs compatriotes les obstacles qu’ils doivent affronter. Dans la mesure du possible, nous les avons laissé vous parler face à face. Après des centaines de lieues parcourues, nous vous transmettons ici ce que nous avons vu et appris des secousses qui les ébranlent. »

« Les arbres sont. Dans le ciel et contre lui. Épandus, écartelés en dentelles savantes. La terre les porte, ils dessinent sur elle, sur sa peau ancienne, des signes, des architectures ; la terre les nourrit, ils puisent et fouillent en elle, enfoncés ; ensuite ils sont dans le ciel et contre lui se tendent. Ils s’affolent parfois, quand l’orage d’été les prend, quand les pluies froides de novembre hachent les dernières feuilles cuivrées.