Jacques Sivan : un Cabaret Voltaire pour aujourd’hui et demain, par Véronique Pittolo

roussel sivanAprès les textes d’Emmanuèle Jawad, de Jean-Michel Espitallier, et de Stéphanie Eligert, Diacritik termine – pour le moment – avec ce texte de Véronique Pittolo son hommage au poète Jacques Sivan.

Tandis que Dada a 100 ans aujourd’hui, l’écrivain le plus dada de notre époque, Jacques Sivan, vient de nous quitter. Est-ce un écho mélancolique au mouvement le plus vigoureusement moderne du XXe siècle ? Sivan nous manquera, comme nous manquent, encore et toujours, les dadaïstes de la première heure, les Hugo Ball et Tzara, dont la créativité sans frontières fut hostile à toute forme d’abrutissement (social, politique, littéraire). Ainsi en fut-il de Jacques, qui construisit son Cabaret Voltaire de poche, nomade, de livre en livre et de scène en scène, donnant à lire et à entendre ses textes de sa voix si particulière, monocorde mais chantante, fragile, subtile. La déconstruction du phonème, de la syntaxe, le parti pris assumé de mettre en avant le signifiant, font de lui un auteur radical qui puisa autant dans le fonds commun des légendes que chez les grands aînés (Duchamp, Raymond Rousssel) (cf. Jacques Sivan, Grio, village double, Al Dante, 1999 ; Raymond Roussel, L’allée aux lucioles, suivi Jacques Sivan, Les corps subtils aux gloires légitimantes, Les presses du réel, 2008)

Je me souviens de nos conversations le samedi après-midi, à la bibliothèque Clignancourt, je me souviens qu’il avait horreur de tout ce qui était classique-lyrique, de sa gentillesse lorsqu’il aidait les jeunes collégiens de la section jeunesse à faire leurs devoirs. Le poète absolument moderne, en avant de notre époque, fut aussi, au quotidien, une belle et généreuse personne.

Le moment où jake est simultanément entouré de ses quatre sœurs est un suspense absolument pétrifiant – c’est à ce moment-là que sa densité végétale est la plus forte (Similijake, Al Dante, 2008).

Nous sommes ses frères et sœurs, nous sommes forts.

Véronique Pittolo

Une rencontre-lecture autour de l’œuvre de Véronique Pittolo est organisée par Gisèle Berkman et Jean-Louis Giovanonni le 31 mars à 19 h à la librairie L’Usage du Monde, 32 rue de la Jonquière, 75017 Paris.