Retour à Nantes : Atlantide, les mots du monde (jour 1)

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Du 10 au 13 mars, a eu lieu la quatrième édition du Festival Atlantide à Nantes, festival des littératures, les mots du monde à Nantes, au Lieu unique et dans toute la ville. Depuis 4 ans le festival est proposé par le lieu unique, scène nationale de Nantes et La Cité, le Centre des Congrès de Nantes. Il est présidé par Alberto Manguel, le romancier d’origine argentine, incroyable lecteur à la bibliothèque de plus de 30 000 livres. Le festival a donc cette particularité d’inviter des auteurs du monde entier, et plus notable encore, de n’être pas dans une course à l’actualité. En effet, certains des invités n’ont pas publié de livres en France depuis quelques années et on prend donc le temps de revenir sur leurs textes plus anciens, sur leurs parcours, sur la totalité de leurs œuvres et c’est sans doute aussi pour cela — rendre le temps au temps, rendre le temps aux livres — que j’aime autant ce festival. Depuis la première édition, j’ai donc le plaisir d’y animer des tables rondes thématiques avec plusieurs invités ou de grands entretiens, une heure dense de tête-à-tête avec l’auteur.

Cette année, comme Diacritik globe-trotteuse, je vous en rapporte quelques souvenirs, le journal de trois jours de Festival. Littératures de tous pays, de tout genre (les romans noirs sont aussi à l’honneur) et bandes-dessinées trouvent leur place dans ce lieu unique ouvert à tous.

Vendredi 11 mars

6h30 Le chant des oiseaux alors que le jour n’est pas levé m’accueille lorsque je pars prendre le métro puis mon train, chargée comme une mule de pas moins de 26 livres, 22 livres pour le Festival et 4 autres à lire pour les tables rondes à venir au Salon du livre de Paris, au cas où il resterait du temps sur place pour avancer un peu (illusoire !).

Debout depuis 2h30 du matin afin de préparer les fameuses fiches Bristol qui font ma marque de fabrique (traduction : qui font rire tout le monde).

Fiches
© Sophie Quetteville

Il va sans dire que les deux heures de train sont studieuses, un festival qui vous fait confiance pour la 4e fois, un devoir d’être à la hauteur pour la 4e fois et surtout un respect pour les écrivains qui vont subir la question, pour faire court, la trouille, mais la divine trouille qui motive.

10h Arrivée à Nantes, je dépose la valise à l’hôtel en attendant que la chambre soit disponible et avec mes deux sacs de livres, je me dirige vers le Lieu unique.

LU
© Sophie Quetteville

Ma première intervention a lieu à 12h30, il me reste deux heures pour humer les frémissements d’un festival qui débute.

Affiche
© Sophie Quetteville

Durant ces deux heures, saluer l’équipe du Festival, récupérer mon badge et ma feuille de route, se présenter aux formidables bénévoles (la réussite d’un festival passe par ses bénévoles, j’en suis convaincue) et avoir le bonheur de croiser Brigitte et Bernard Martin (fondateurs des éditions Joca Seria) qui sont là dans le cadre du Prix littéraire des lycéens et apprentis des Pays de la Loire dont ils s’occupent. Bernard anime une rencontre entre les lycéens et Joy Sorman dans le cadre de la journée scolaire du festival. Et hop, j’arrive à échanger quelques mots avec Joy, dont j’aime les livres et la fine intelligence.

Le temps s’égrène et arrive le moment des présentations avec Kirmen Uribe, jeune écrivain basque espagnol, dont j’anime la grande rencontre à 12h30. Kirmen dit ne pas parler français (il le comprend parfaitement en fait), nous échangeons donc en anglais (pour lui) et dans une langue abstraite qui essaie d’être de l’anglais pour moi.

product_9782070131327_195x32012h30 Grand rencontre avec Kirmen Uribe autour de Bilbao-New York-Bilbao (Gallimard, 2012).
Juste avant la rencontre, nous saluons l’interprète qui va donc rendre cette conversation fluide et compréhensible par tous et fera un travail formidable (ô indispensable interprète !)

Avec Kirmen, nous avons parlé d’autofiction, de la famille, des traditions, du pays basque espagnol évidemment, du travail de la mémoire, de ce qu’elle mêle de réel et de fiction — « Il est curieux de voir comment notre mémoire travaille, comment nous nous souvenons chacun à notre manière, en transformant en fiction ce qui autrefois avait été bien réel » (Bilbao-New York-Bilbao) —, de la structure de son roman qui permet de faire l’expérience de plusieurs formes narratives, de son travail avec les formes justement et notamment de ce que l’outil Internet permet, du processus de création.

« Le plus important ce sont les histoires, qu’elles soient vraies ou fausses, ou les deux », cette phrase du roman le résume si parfaitement. Kirmen parle très bien de son travail, c’est un homme chaleureux à la bonne humeur communicative. Il a une réelle réflexion sur l’écriture, la structure romanesque, il est brillant le bougre !

Kirmen Uribe
Kirmen Uribe lors de l’inauguration, vendredi 11 mars © Sophie Quetteville

13h30
Je laisse Kirmen rejoindre l’espace librairie pour quelques dédicaces et je l’emmène déjeuner.

 Espace dédicaces dans la librairie éphémère du Festival (ici, Boualem Sansal) © Sophie Quetteville
Espace dédicaces dans la librairie éphémère du Festival (ici, Boualem Sansal) © Sophie Quetteville

Nous reprenons notre discussion sur la littérature en faisant fi du barrage de nos langues respectives, tentant de nous comprendre, heureux simplement de cet échange. Il m’a parlé d’Emmanuel Carrère dont il admire le travail, je lui ai parlé des livres de Régis Jauffret que j’allais soumettre à la question dans l’après-midi.

15h30 Grande rencontre avec Régis Jauffret
La rencontre qui fait un peu peur, quand je pense qu’Une histoire d’amour et Univers, Univers sont deux livres qui ont bonne place dans mon panthéon littéraire, que si je n’ai pas lu les 25 livres écrits par Régis Jauffret, je ne dois pas en être loin, qu’il suffit de lire ses livres pour connaître son humour corrosif et féroce, et savoir que les sujets qu’il aborde heurtent, dérangent parfois, mais n’est-ce pas l’un des rôles de la littérature ?

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Et Régis Jauffret sera tour à tour calme, drôle, bouillonnant, même en colère lorsqu’il parle de Claustria ou de La Ballade de Rickers Island, parce que ce que certains font subir aux enfants et aux femmes le font bondir, réagir, et nous avec.

Montage Jauffret
Copyright Delphine Bretesché, MyLibrary-Online et Festival Atlantide

« Je n’aime pas les gens sans excès, les gens fous sont bien plus intéressants. »

« Les livres, un peu comme les chiens, ressemblent à leur maître. »

17h-18h30 : sieste, histoire d’arriver chiffonnée à l’inauguration.

18h30

Quelques discours, les officiels, tout ça tout ça, et pour finir court et joli discours d’Alberto Manguel parlant de ce lieu de rencontres et de dialogues qu’est ce festival et rappelant que « dès notre venue au monde, nous sommes des animaux lecteurs ».

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La comédienne Delphine Rich lit ensuite des extraits de 2084. La fin du monde de Boualem Sansal (Gallimard).

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Après cela, quelques coupettes en papotant avec Sigolène Vinson, que je suis toujours ravie de croiser tant j’ai aimé son beau Caillou (Le Tripode) et avec le comédien Pierre Baux qui sera sur scène le lendemain avec un texte de Frédéric Boyer.

Grande tablée au dîner avec tout ce joli monde, les confrères modérateurs Alain Nicolas et Natalie Levisalles. Delphine Rich qui est une femme drôle, pêchue et immensément sympathique a, avec Pierre Baux et leurs anecdotes de tournages télé, enchanté le dîner, ainsi que Boualem Sansal véritable conteur nous narrant l’histoire de la ville-campus où il vit, plans dessinés sur la table à l’appui…

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Boualem Sansal © Sophie Quetteville

23h30 : Je constate que ma carte de chambre d’hôtel est démagnétisée et après 25 essais infructueux, rapide aller-retour à la réception, au lit avec des mots, des accents et des sourires plein la tête.

A suivre