Selfie : l’ego à l’ère numérique (exposition)

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Ansicht Jonas Unger Autoportraits 2010-heute © NRW Forum Düsseldorf Foto Andreas Kuschner ALIMONIE

Düsseldorf consacre une exposition, «Ego Update : the Future of Digital Identity», aux selfies. Rien de nouveau, comme le souligne l’écrivain Douglas Coupland — en 2014, cité dans le catalogue — « il n’y a actuellement rien sur les selfies qui surprenne… La seule chose qui soit surprenante, c’est le nombre d’années qu’il nous a fallu pour isoler et donner un nom au phénomène. »

polaroid-273266_640BrownieSelfie : son usage est d’abord une histoire de mot. Alors que l’autoportrait photographique existe depuis un siècle, que le Brownie comme le Polaroid le simplifient, que les smartphones le mettent ensuite à la portée de tous, le terme lui-même serait apparu en 2002 (dans le MMS d’un Australien), avant d’être employé dans un manuel de photographie (Jim Krause, 2005) et de se répandre, dans l’usage courant, depuis 2012. Avec un flou artistique sur l’article : un selfie ? une ? Les selfies — le pluriel résout tout problème de genre et convient à un phénomène exponentiel — inondent les réseaux sociaux, et le phénomène (en tant qu’expression de l’identité numérique) est très sérieusement étudié dans plusieurs pays européens (Allemagne, France, Italie, Belgique, etc.).

Avant d’être un genre artistique, les selfies sont une pratique d’amateurs, liée à une volonté de se montrer sur la toile ou d’y faire passer un message. C’est aussi un mode de communication politique (Obama et sa perche à selfie, en Alaska, en septembre dernier, Obama à la cérémonie en hommage à Nelson Mandela, Obama et sa vidéo décalée, et si Obama en use…) et le réflexe de tout quidam croisant une célébrité, le nouvel autographe…

L’enjeu de l’exposition est donc de voir comment il est possible de trouver une démarche artistique singulière et originale dans un tel phénomène. Avec une différence de taille entre l’autotoportrait et le selfie, la présence du bras qui tient l’appareil. Selon le critique d’art Jerry Saltz, le premier du genre (même si la technique diffère, évidemment) serait l’Autoportrait dans un miroir convexe de Parmigianino (1524).

autoportraitA Düsseldorf, ce sont les avatars contemporains des classiques autoportraits qui s’exposent. Rappelons pour finir que Sylvie Weil, en 2015, a publié Selfies, chez Buchet-Chastel, exercice inédit selon la quatrième de couverture, le « selfie littéraire » — dont Diacritik parlera prochainement.

Arvida Byström
Arvida Byström

Ego Update : the Future of Digital Identity NRW-Forum, Ehrenhof 2, Düsseldorf, jusqu’au 17 janvier 2016

Sylvie Weil, Selfies, Buchet-Chastel, 2015, 149 p., 13 €