« En toute simplicité et en toute impossibilité » : si l’univers d’un écrivain est tout entier contenu dans les mots qui ouvrent son premier livre, nul doute que l’œuvre de Jonathan Safran Foer doive être lue sous le signe de la disjonction, celle dont témoigne cette dédicace de Tout est illuminé (Everything is illuminated, 2002). Elle énonce un paradoxe, de ceux que les livres suivants n’auront de cesse d’explorer, comme ce troisième roman, Me voici (Here I am) qui vient de paraître aux éditions de l’Olivier, dans une traduction de Stéphane Roques : l’occasion d’un grand entretien diacritique avec Jonathan Safran Foer.

Brooklyn © Dominique Bry

C’est un Brooklyn cosmopolite que décrit Boris Fishman dans Une vie d’emprunt, et principalement Midwood, South Brooklyn : « Ici, on était dans une ville étrangère, pour qui venait de Manhattan. Les immeubles étaient plus petits et les gens plus gros. Ils roulaient en voiture, et, pour la plupart d’entre eux, Manhattan n’était qu’une clinquante prise de tête. (…) C’était encore un monde en devenir. » Là vit le grand-père du narrateur, « au premier étage d’un immeuble de briques brunes occupé par des locataires soviétiques et mexicains qui l’empêchaient de dormir ». La famille Guelman a trouvé refuge à Brooklyn après avoir fui Minsk et « des mois d’angoisse apatride dans la beauté perverse de la Mitteleuropa et des rivages tyrrhéniens ».

Gary_Chairs

Gary Shteyngart est né en 1972. Et le quatrième livre qu’il publie, à 42 ans, n’est pas un roman mais, déjà, des mémoires qui pourraient avoir pour titre celui de l’un de ses précédents livres, Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes russes, Absurdistan ou Super triste histoire d’amour. Mémoires d’un bon à rien est le récit d’une vie particulière comme d’une œuvre, un nouveau départ. Paru en grand format aux éditions de l’Olivier, Mémoires d’un bon à rien vient de sortir en poche, chez Points.

Londres, début des années 90 : la bulle est double, artistique et spéculative. Randall, charismatique et excentrique étudiant en arts plastiques, rencontre Vincent, jeune banquier, « Mister City ». A travers leur amitié, Jonathan Gibbs, d’une plume féroce et caustique, saturée de wit, cet esprit so british, fait le récit d’une époque dont ils seraient les parangons :

« Je vis comment un groupe de personnes se débrouilla pour accéder à une position dominante dans le milieu de l’art de la capitale, et comment une nation, séduite et titillée par leurs pitreries et leur assurance, s’empara d’elles pour les porter au pinacle de sa culture, de sa vision d’elle-même, à une époque où le monde braquait ses regards sur Londres en proclamant le retour du Swinging London ».

Gary_Chairs

Gary Shteyngart est né en 1972. Et le quatrième livre qu’il publie, à 42 ans, n’est pas un roman mais, déjà, des mémoires qui pourraient avoir pour titre celui de l’un de ses précédents livres, Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes russes, Absurdistan ou Super triste histoire d’amour. Mémoires d’un bon à rien est le récit d’une vie particulière comme d’une œuvre, un nouveau départ.