C’est une publicité dite institutionnelle, un court film dans lequel le principal distributeur d’énergie français revient sur plus de 45 ans d’histoire en 45 secondes. Le spot passe à la télévision, souvent en prime time, dans les créneaux plutôt assurés d’être vus, juste avant la météo, quelques secondes avant les JT de 13 ou 20 heures, ou au milieu d’un écran pub d’une émission à forte audience… Avec une phrase répétée, martelée : « on voulait tout changer ».

L’écriture, tâches noires sur fond blanc et bleu, inaccessible sans intermédiaires. L’écran, prolongement d’organes, du corps. Les interfaces transparentes qui entourent nos corps, nous distançant de plus en plus en plus d’autrui. Autrui, une image dans les cages du logarithme. Planant au-dessus, l’utopie d’une écriture immémoriale, rêve d’ultime abstraction de nos opérations perceptives, rupture définitive entre le corps et l’écriture. Nos yeux se relèvent vers l’écriture matricielle, archi-écriture originaire dont le logarithme est censé être une incarnation. Les yeux se heurtent à l’écran qui renvoie des spectres. Parmi ces spectres, notre propre spectre.

Action LGBTQI devant le CSA

Depuis plusieurs jours, une stratégie de pinkwashing se met en place dans les médias. Quelques dizaines d’annonceurs, qui jusque-là avaient richement financé l’émission TPMP, se découvrent des valeurs, une morale, affirmant que l’épisode du piège tendu par Hanouna à des hommes gays serait contraire à ces valeurs. Ces entreprises qui payaient pour que leurs publicités soient diffusées durant l’émission se retirent, drapées dans un Rainbow Flag, mettant un terme au financement de TPMP. Pourtant, cet épisode n’est pas un « dérapage », selon le mot utilisé dans la presse pour atténuer la charge de la critique, un accident différent de ce qui se passe d’habitude dans l’émission : il n’est qu’un moment d’une série continue de propos et de mises en scène homophobes et sexistes.

« La vie est le noyau poétique des poèmes ; pourtant, plus le poète s’efforce de transposer telle quelle l’unité de vie en unité artistique, plus il se révèle un bousilleur » déclare avec autant de férocité que de lucidité aguerries Walter Benjamin à propos d’Hölderlin afin de dire de la poésie cette irrémédiable tension, toujours relancée, toujours désirée qui consiste à vouloir trouver depuis le poème la formule d’une vie – la chance inouïe d’une vie vivante. Peut-être faudrait-il confier ces quelques mots énergiques de Benjamin qui montrent combien la poésie doit apprivoiser et versifier autant que libérer le vivant comme escorte lumineuse à la lecture du splendide et comment nous voilà moins épais, nouveau recueil poétique d’Anne Portugal, paru ces jours-ci chez P.O.L.

 

Un jour dans la vie de Billy Lynn, Photo Joe Alwyn, Copyright 2016 Sony Pictures Releasing GmbH

Le film de Ang Lee, Un jour dans la vie de Billy Lynn, est en salles depuis le 1er février. Le scenario de Jean-Christophe Castelli est l’adaptation d’un roman remarquable de Ben Fountain, paru en France en 2013 chez Albin Michel dans une traduction de Michel Lederer, et désormais disponible en poche chez 10/18 : Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn.
Or le roman était justement centré sur un projet hollywoodien : s’emparer de l’histoire vraie de huit soldats de la compagnie Bravo, si du moins ces films sur l’Irak ne commencent pas à « « contreperformer » au box-office ». Le film joue donc d’une mise en abyme pensée par le roman.

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Vues, chaque jour ou chaque semaine, par des millions de téléspectateurs, les fictions TV, et plus encore les séries populaires peuvent constituer des outils prescripteurs majeurs de valeurs et de normes. Elles s’avèrent à ce titre un objet important pour l’analyse de la représentation des minorités dans les médias en France. Parmi ces séries, Plus belle la vie, actuellement le feuilleton français le plus regardé à la télévision et en replay sur Internet a, au-delà de sa fonction de divertissement, un rôle explicitement éducatif, politique et social.

Un article de Stéphanie Arc et Natacha Chetcuti-Osorovitz